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Les gaiteros réveillent les fêtes de Bayonne et Pampelune

Leur musique est indissociable des grandes fêtes populaires du Pays basque. Dans les rues de Bayonne ou de Pampelune, les joueurs de gaita, les gaiteros, font résonner le son si particulier, aigu et légèrement métallique, de ce hautbois, un temps en déclin puis redécouvert dans la seconde moitié du XXe siècle.

La gaita, avant tout destinée à la rue, "se joue pour animer des fêtes de village, pour accompagner des danseurs et des défilés de géants", explique Philippe Haira, musicien d’Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques).

Cet instrument à vent prend la forme d'une courte flûte à anche double taillée dans du roseau, à l’extrémité évasée, ajoute le musicien qui, avec Jean-Pierre Lapeyrade et Filipe Lesgourgues, forme le trio traditionnel : deux joueurs de gaita et un tambour.

"Le premier gaitero joue la mélodie, le second l’accompagnement et le tambour (ou "atabal") donne le rythme", précise M. Lapeyrade.

A Bayonne comme à Pampelune, ces trios, autrement appelés "bandas de gaitero", réveillent la ville et ses fêtards lors des fêtes en juillet.

"Ici, la gaita fait partie des meubles", s'exclame Christophe Dumoulin, 40 ans, qui avec son père Jean-Pierre, 68 ans, et son fils Luca, 11 ans, sont bien connus des Bayonnais pour accompagner le réveil du Roi Léon et les processions des "géants" de sa cour, personnages emblématiques des fêtes locales.

"Traditionnellement, la gaita s’apprend en famille. Moi, c’est mon père qui me l’a apprise et j’ai appris le tambour à mon fils", ajoute le quadragénaire.

Typique de la Navarre, la gaita appartient néanmoins à une famille d'instruments que l'on retrouve tout autour de la Méditerranée. Son nom, d'origine arabe, s'apparente à la jaita des pays du Maghreb.

L'instrument a connu son âge d'or dans la première moitié du XIXe siècle, sous l'impulsion du musicien navarrais Julian Romano, auteur de nombreux morceaux du répertoire actuel.

La pratique, en voie d'extinction à partir de 1920, notamment due à l'absence de relève chez les musiciens, a commencé à revivre côté français à partir de 1960 grâce à quelques passionnés de Saint-Étienne-de-Baigorry et d’Ustaritz avant un retour en force dans les années 1980.

- Une nouvelle génération d'élèves -

Pierre Haira, 68 ans, est de ceux-là : "Quand j’ai commencé au début des années 1970", dit l'oncle de Philippe Haira, "il y avait très peu de joueurs dans tout le Pays basque, 3 ou 4 bandas de gaiteros. Maintenant, il y en a 300 ou 400", dit-il.

Un tiers de ces musiciens se retrouvent lors des Fêtes de Pampelune, en Navarre, pour le "txupinazo", le moment du lancement des festivités.

C’est de l’autre côté de la frontière que Pierre Haira est allé pour apprendre. "J'ai eu ma première gaita grâce aux frères Agirretxe, à Irun. Ils nous avaient fourni des instruments et des anches".

"Puis, en 1972, j’ai rencontré les frères Lakuntza d’Estella" (un village près de Pampelune), connus pour leur travail de recherche et d'enseignement, "on a noué des liens. C’est comme ça qu’on a commencé à jouer", ajoute-t-il.

Il sera de ceux qui, dans les années 1980, formeront toute une nouvelle génération d’élèves à cet instrument alors réputé difficile. "Ce qui me plaisait, c’était le son, bien sûr, mais c’était aussi de participer à un mouvement culturel autour d’un instrument en complet déclin, de participer à cette renaissance", dit-il.

Aujourd’hui, ce hautbois s’enseigne dans certaines écoles de musique, comme à Ustaritz ou à Saint-Jean-de-Luz. "J'ai passé mon diplôme d’Etat de gaita en 1995, on était alors deux à l’avoir !", s’exclame M. Haira, "c’était une reconnaissance de l’instrument. C’était magnifique pour nous".

Bientôt "retraité de la gaita", il ne s’est jamais séparé de son instrument depuis ses 17 ans. "Avant, on ne pouvait pas commencer à jouer avant 16 ou 17 ans, à cause des anches en roseau qui étaient très difficiles. Maintenant, elles sont moins rigides et il y a des gamins de 11 ans qui jouent", se félicite le pionnier.

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