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Les surprises des premières sélections des grands prix littéraires d'automne

Les surprises des premières sélections des grands prix littéraires d'automne
La journaliste et écrivaine Vanessa Schneider au siège du journal Le Monde à Paris, le 29 août 2011MIGUEL MEDINA

Davantage de premiers ou seconds romans, des auteurs attendus mais d'autres pas forcément, quelques grands absents, un parfum de scandale: les premières sélections des grands prix littéraires d'automne ont révélé leur lot de surprises.

Voici un état des lieux après les premières sélections des jurys du Goncourt, du Renaudot, du Médicis et du Femina.

- Le cas Lançon -

Pour d'aucuns la cause était entendue. "Le lambeau" (Gallimard), récit de la lente reconstruction de Philippe Lançon, grièvement blessé au visage lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, est le livre de l'année. Sorti en avril, unanimement salué par la critique et plébiscité par le public (plus de 100.000 exemplaires vendus), ce texte méritait le Goncourt, a ainsi estimé Philippe Labro.

Il ne l'aura pas. Le livre a été sélectionné par les jurés du Renaudot, du Médicis et du Femina mais pas par ceux du Goncourt.

"Ce roman n'est pas une œuvre d'imagination, c'est un témoignage (...) c'est un très bon livre, peut-être l'un des plus beaux de l'année mais ça ne correspond pas à ce qu'attend le Goncourt, c'est-à-dire couronner un roman d'imagination", a fait valoir Bernard Pivot pour justifier le non-choix des Goncourt.

- La vitalité des premiers romans -

La rentrée littéraire a été marquée par la parution de 94 premiers romans, le chiffre le plus élevé depuis onze ans.

Alors que l'an dernier les Goncourt avaient snobé les premiers romans, ils en ont retenu quatre dans leur première sélection: Meryem Alaoui pour "La vérité sort de la bouche du cheval" (Gallimard), Inès Bayard pour "Le malheur du bas" (Albin Michel), Pauline Delabroy-Allard pour "Ça raconte Sarah" (Minuit), livre qui figure également dans la sélection du Médicis, et la Belge Adeline Dieudonné pour "La vraie vie" (L'Iconoclaste) qu'on retrouve dans la sélection du Renaudot.

Le Renaudot a également sélectionné le nouvel auteur Anton Benaber ("La grande idée", Gallimard).

On peut également signaler les nombreux seconds romans sélectionnés dont ceux de Guy Boley ("Quand Dieu boxait en amateur", Grasset), de Nicolas Mathieu ("Leurs enfants après eux", Actes Sud), de Paul Greveillac ("Maîtres et esclaves", Gallimard) ou du phénomène David Diop ("Frère d'âme", Seuil), seul auteur présent dans toutes les sélections.

- Les attendus -

Âgé de 78 ans, Pierre Guyotat, monument de la littérature française, se retrouve dans les sélections du Femina, du Médicis et du Renaudot (dans la catégorie essais) pour "Idiotie" (Grasset).

Les jurés n'ont pas hésité à retenir des auteurs populaires dont Vanessa Schneider qui figure dans les sélections du Renaudot et du Femina pour "Tu t'appelais Maria Schneider" (Grasset), un des succès commerciaux de la rentrée. De la même façon Gilles Martin-Chauffier, chef des pages culture de Paris Match, figure dans la sélection du Goncourt et du Renaudot pour "L'ère des suspects" (Grasset).

La journaliste Clara Dupont-Monod est sur les listes du Goncourt et du Femina pour "La révolte" (Stock), autre grand succès de librairie.

- Les oubliés -

Ne cherchez pas les populaires Maylis de Kerangal, Alain Mabanckou, Yasmina Khadra, Christophe Boltanski, Boualem Sansal, Serge Joncour, Aurélie Filippetti, Nancy Huston, Jean Hatzfeld, Jérémy Fel ou encore Laurence Cossé. Ils n'ont retenu l'attention d'aucun des jurys des grands prix d'automne. C'est le cas également de Christine Angot et Amélie Nothomb qui caracole en tête des ventes avec "Les prénoms épicènes" (Albin Michel)

- Parfum de scandale -

Les libraires n'ont pas digéré le choix du Renaudot qui parmi ses 17 romans sélectionnés a retenu un livre autoédité à compte d'auteur et diffusé en exclusivité par le mastodonte américain Amazon.

Marco Koskas, auteur de "Bande de Français", a justifié son choix après avoir essuyé le refus d'une quarantaine d'éditeurs.

"Le jury du Renaudot rend un bien mauvais service à l'auteur lui-même, aux libraires et donne un signal inquiétant pour l’avenir de la création et de la diffusion du livre", a estimé le Syndicat de la librairie française (SLF).

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