Leurs audiences en berne, Oscars, Emmys ou Grammys doivent-ils changer?

Leurs audiences en berne, Oscars, Emmys ou Grammys doivent-ils changer?
L'actrice Allison Janney à la cérémonie des Oscars le 4 mars 2018Robyn Beck

Oscars, Emmys, Grammys, les grandes cérémonies de récompenses américaines voient toutes leurs audiences chuter, signe d'une rupture attribuée tantôt à l'encombrement de l'offre de programmes, au format lui-même ou à une politisation excessive, sans solution miracle.

Jamais depuis que l'institut Nielsen a commencé à mesurer les audiences en 1974, la cérémonie des Oscars n'avait réuni si peu de monde devant un téléviseur que dimanche dernier: 26,5 millions de personnes, en baisse de près de 20% par rapport à 2017.

A droite, beaucoup de conservateurs, jusqu'au président Donald Trump lui-même, ont été prompts à voir dans cette baisse le rejet d'un élitisme, combiné à la politisation récurrente des cérémonies.

Donald Trump attaqué lors de la saison 2016-17, le #MeToo célébré en 2017-18, le combat pour la diversité à chaque fois: ces causes ont effectivement largement occupé le temps d'antenne des deux derniers Oscars, mais aussi Grammys, Emmys ou Golden Globes.

"Certains d'entre nous apprécient la musique sans qu'on y mette de la politique", avait tweeté l'ambassadrice américaine auprès de l'ONU, Nikki Haley, après les derniers Grammys.

"Je pense que ça n'a strictement aucun impact" sur les audiences, rétorque cependant Dom Caristi, professeur à l'université de Ball State, qui souligne qu'il n'existe aucune donnée fiable pour appuyer ces assertions.

Avant même de parler du contenu, la chute d'audience des grandes cérémonies, diffusées par les grandes chaînes, est pour beaucoup de spécialistes la conséquence d'un paysage audiovisuel bouleversé, avec une offre toujours plus pléthorique, souligne Gabriel Rossman, professeur à UCLA. "Donc les audiences baissent, pour tout."

Leur longueur est aussi en cause, estime Robert Thompson, professeur à l'université de Syracuse. Les Oscars dimanche ont duré 3H54, rappelle-t-il, "et en plus, toute la partie excitante s'est concentrée sur les 45 dernières minutes".

Après le marathon de 2002, qui avait vu la soirée s'étendre sur 4H20, l'Académie of Motion Picture Arts & Sciences, qui supervise les Oscars, avait réduit les Oscars d'honneurs, qui ne sont aujourd'hui même plus remis lors de la cérémonie. Mais cela n'a pas changé la donne.

Le contenu de ces soirées de récompense interroge également.

"Ils font venir les meilleurs acteurs américains", dit Robert Thompson, "et ils leur font lire ces textes (de présentation des catégories) qu'on dirait écrits pas un comptable, avec un ton pas naturel pour un sou."

- Pas de changement en vue -

Autre problème: "les films (en compétition) ne sont pas populaires", fait valoir Gabriel Rossman en citant notamment "Moonlight", oscar du meilleur film en 2017, alors que "jusque dans les années 90, les lauréats du meilleur film étaient souvent des succès au box-office".

Pour lui, "Titanic", qui avait écrasé la cérémonie 1998 avec 11 statuettes, n'aurait plus sa place dans le paysage d'aujourd'hui.

Après la polémique de 2009, née de l'absence de "The Dark Knight, Le chevalier noir" de la liste des candidats à l'Oscar du meilleur film, l'Académie avait fait un geste, élargissant la sélection de cinq à dix films chaque année.

Mais la mesure a été largement considérée comme de l'affichage. En 2018, deux des films sélectionnés avaient bien marché en salles, "Get Out" et "Dunkerque", mais "aucun n'était considéré comme vainqueur potentiel et aucun n'a gagné", martèle Rossman.

Les goûts du public ne sont pas ceux de l'Académie, mais, pour Robert Thompson, la fonction la plus importante de cette cérémonie est "de faire découvrir aux gens des films qu'ils n'ont pas vus, voire dont ils n'ont jamais entendu parler".

Sollicités par l'AFP quant à d'éventuels changements, l'Académie et ABC, la chaîne diffuseur, n'ont pas donné suite, pas plus que la Recording Academy (Grammys), CBS (diffuseur des Grammys), la Hollywood Foreign Press Association (Golden Globes), ou la Television Association (Emmys).

"Nous ne sommes pas prêts à parler des Emmys", a indiqué NBC.

Mais beaucoup s'accordent à dire qu'aucun changement, si radical soit-il, ne rendrait aux Oscars ou aux autres leurs audiences d'antan.

Tout au plus cela pourrait-il contribuer à enrayer la baisse, estime Robert Thompson, en suggérant notamment un resserrement du nombre de catégories récompensées à l'antenne.

La question reste de savoir si l'Académie, qui a le contrôle total sur les catégories présentées et, évidemment, sur les gagnants, a vraiment envie de changer.

Si la cérémonie "est si ennuyeuse, si vieux jeu (...), c'est parce qu'elle a insisté pour rester ainsi", analyse Robert Thompson.

Pour l'universitaire, le tableau est cependant moins sombre qu'il n'y paraît: malgré la baisse, "les Oscars sont toujours l'événement non-sportif le plus regardé de l'année", dit-il.

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