Lisa Azuelos: la comédie "reste souvent faite par des hommes"

Lisa Azuelos: la comédie
La réalisatrice française Lisa Azuelos présente son nouveau film "Mon bébé", au Festival de comédie de l'Alpe d'Huez, le 17 janvier 2019JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Très engagée pour les droits des femmes, la réalisatrice de "LOL" Lisa Azuelos est venue présenter son nouveau film, "Mon bébé", au Festival de comédie de l'Alpe d'Huez. Un genre cinématographique "très rémunérateur" qui reste "souvent fait par des hommes", déplore-t-elle.

Alors que trois films sur huit en compétition cette année à l'Alpe d'Huez sont réalisés par des femmes - le sien, "Roxane", premier film de Mélanie Auffret, et "Les petits flocons" de l'actrice Joséphine de Meaux -, "la partie très rémunératrice de la comédie, c'est un peu le domaine des hommes", affirme Lisa Azuelos, dans un entretien avec l'AFP.

"Une comédie où une femme a le rôle principal, en général rapporte beaucoup moins d'argent que les comédies où des hommes ont le rôle principal. C'est malheureusement ce que j'ai remarqué: quand on veut faire du chiffre, il faut du masculin... pour l'instant", regrette-t-elle.

La réalisatrice de 53 ans, qui a commencé sa carrière en 2006 avec "Comme t'y es belle!", sur le quotidien de quatre femmes, dit cependant avoir, elle, "la chance" d'être traitée sur un pied d'égalité avec ses collègues hommes.

Pourquoi? "J'ai prouvé que je pouvais faire du chiffre, dans ce métier ça compte...", ajoute celle dont le film "LOL" (2009) avec Sophie Marceau, sur les relations entre une adolescente et sa mère, avait rassemblé près de 3,7 millions de spectateurs.

"J'ai eu beaucoup de chance avec +LOL+", dit-elle, citant comme autres réalisatrices à succès dans ce genre cinématographique "Coline Serreau avec +Trois hommes et un couffin+, ou Danièle Thompson (+La bûche+, +Décalage horaire+)", mais "on n'est vraiment pas nombreuses".

- "vers la jeunesse" -

Engagée pour la défense des droits des femmes, Lisa Azuelos - qui a dénoncé le mariage forcé dans un court métrage en 2014, et promeut la lutte contre la "gynophobie" (les violences visant les femmes parce que femmes) juge "incontestable que le mouvement #metoo a changé la donne".

Mais, ajoute-t-elle, "malheureusement, on parle d'un fait de société qui est ultra profond, qui est la place de la femme dans la société, et au-delà de ça, du rapport dominant-dominé qui sous-tend toute l'économie".

La réalisatrice, qui a réalisé un documentaire cette année sur des actions dans des collèges et lycées pour parler de harcèlement ou de sexualité - film qui "est à la disposition de toutes les écoles" et avec lequel elle veut organiser des projections-débats - dit aujourd'hui vouloir "se tourner vraiment vers la jeunesse".

"C'est aussi pour ça que je fais +Mon bébé+, pour montrer un bout de jeunesse", souligne-t-elle.

Dans ce film, en salles le 13 mars, Lisa Azuelos aborde à nouveau, dix ans après "LOL", les relations mère-fille à travers l'histoire d'une mère de trois enfants, incarnée par Sandrine Kiberlain, qui a du mal à se séparer de sa petite dernière qui va partir étudier au Canada.

Chronique à la fois drôle et tendre du quotidien d'une femme qui arrive à un tournant délicat de son existence, "Mon bébé" est directement inspiré de la vie de Lisa Azuelos, qui a confié le rôle de Jade à sa propre fille, Thaïs Alessandrin.

"C'est notre histoire", explique la réalisatrice. Voir ses enfants quitter la maison, "ce n'est pas quelque chose de simple, et je voulais vraiment explorer ce que ça fait à l'intérieur du corps, des émotions, tout ce qui remonte, tout ce qu'on ressent".

Construit sur une alternance entre images du passé et du présent, "Mon bébé" est "aussi un film pour se valoriser soi-même en tant que mère", dit-elle.

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