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Le "J'accuse" de Polanski divise à la Mostra de Venise

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Roman Polanski, en octobre 2017 à ParisLionel BONAVENTURE

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Le "J'accuse" de Roman Polanski sur l'Affaire Dreyfus a suscité de premières réactions contrastées vendredi soir à la Mostra de Venise, des critiques saluant les qualités de l'oeuvre tandis que certains s'interrogent sur le parallèle dressé par le cinéaste entre le film et sa vie, en pleine polémique sur sa sélection.

Le réalisateur franco-polonais de 86 ans, toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol en 1977 d'une adolescente, n'est pas apparu pour présenter son film dans la soirée sur le tapis rouge de la Mostra.

Sa femme Emmanuelle Seigner, qui joue dans "J'accuse", était là en revanche aux côtés de ses partenaires du film : l'Oscarisé Jean Dujardin, qui joue le lieutenant-colonel Georges Picquart, le personnage principal du film, et Louis Garrel, qui incarne Alfred Dreyfus, tous deux se pliant à l'exercice des photos et des autographes.

Thriller sur fond d'espionnage, "J'accuse" fait partie des 21 films en compétition pour le Lion d'or. Il raconte l'Affaire Dreyfus, un scandale majeur de la IIIe République (1894-1906), du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart qui avait réhabilité le capitaine injustement condamné, incarné avec intensité par un Jean Dujardin sobre et convaincant.

Les premières critiques ont plutôt salué les qualités cinématographiques du film : le Figaro a jugé Jean Dujardin "audacieux et nuancé", le journal britannique The Guardian a qualifié le film de "beau et engageant", le magazine américain spécialisé Variety l'a trouvé "agencé de façon grandiose", et le britannique Screen l'a trouvé "sobre" et "méticuleux" et Jean Dujardin "excellent".

Pour The Hollywood Reporter, en revanche, le long métrage est "méticuleux" mais "le résultat manque bizarrement d'émotion", tandis que plusieurs critiques ont exprimé des réserves quant au sous-texte du film, Roman Polanski voyant dans cette histoire un écho à la sienne.

"Le cinéaste controversé peut-il faire des parallèles entre sa situation personnelle et ce compte-rendu solide de l'Affaire Dreyfus" ?, s'interroge le Guardian, tandis que, au-delà de ses qualités de cinéma, le Figaro voit dans "J'accuse" un "film à thèse".

Pour Variety également, il "manque quelque chose au film, peut-être parce que le réalisateur pense que c'est sur lui", le journal jugeant "obscène" le parallèle dressé par Roman Polanski entre sa situation et l'histoire de Dreyfus, "un homme innocent".

- "Tribunal moral" -

Roman Polanski a dit à plusieurs reprises qu'il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, s'estimant "harcelé" et "persécuté".

Des propos qu'il réitère dans le dossier de presse. "Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l'oeuvre dans ce film et cela m'a évidemment inspiré", dit-il.

Interrogée vendredi après-midi devant les journalistes sur "ce sentiment de persécution" ressenti par Roman Polanski, qui se retrouve dans ses films, Emmanuelle Seigner s'est contentée de dire qu'il était "assez simple de le comprendre". "Il suffit de voir sa vie", a-t-elle ajouté.

Le producteur italien Luca Barbareschi avait pris soin au début de cette conférence de presse d'appeler à laisser "derrière nous toute polémique" pour se concentrer sur le film. "Ici, ce n'est pas un tribunal moral", avait-il ajouté.

La présence de "J'accuse" en lice pour le Lion d'or a suscité ces dernières semaines de vives critiques de la part des féministes.

La présidente du jury Lucrecia Martel avait elle-même confié être "très gênée" par la sélection du film et fait savoir qu'elle "n'assisterait pas" à la soirée officielle. Elle était ensuite revenue sur ses propos, disant n'être "en aucune façon opposée" à sa présence en compétition.

Dans le sillage de #MeToo, le réalisateur s'attire depuis plusieurs années les foudres des féministes, qui n'acceptent pas que ses films continuent à être montrés dans des festivals, tandis que l'Académie des Oscars a décidé de l'exclure l'an dernier.

Roman Polanski avait plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans.

Il a fui les Etats-Unis à la suite d'un changement de position du juge, qui risquait de le condamner à une peine plus lourde que prévue. Les procureurs américains cherchent toujours à le faire revenir dans ce pays pour qu'il y reçoive sa sentence.

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