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Marius et Martine: deux générations à la fanfare des Enfants du boucher à Nancy

Concentré sur sa partition, Marius, 8 ans, souffle dans sa clarinette. A côté, Martine, 61 ans, passe du tambourin au diabara: la fanfare des Enfants du boucher, à Nancy, réunit les générations autour du personnage de saint Nicolas.

Ce jour-là, une quarantaine de musiciens interprète quatre morceaux dans la cour intérieure d'une Maison des jeunes et de la culture (MJC), pour le festival des musiques nouvelles et improvisées, le Bazardier.

"J'aime bien la fanfare parce qu'on joue en groupe, avec les autres instruments", raconte Marius Violle, en tenue de fanfare: toque sur la tête et tablier de boucher maculé de peinture rouge.

Sourire doux et yeux bleus, il est arrivé au printemps à l'orchestre où jouent sa mère et son frère, avec seulement une année de pratique d'un instrument, alors que trois ans sont requis.

"Il avait tellement envie de faire partie des Enfants du boucher !", s'exclament en choeur sa mère Anne-Claire et Christelle Guichoux, chef de pupitre d'une quinzaine de clarinettistes.

"Au début, il était tellement excité qu'il jouait tout le temps, même quand il ne fallait pas!", s'amuse cette dernière.

Pour lui faciliter la tâche, elle lui a composé des partitions simplifiées. "Au fil des répétitions, il a appris à écouter les autres, il a découvert des trucs sur sa clarinette et a trouvé sa place", ajoute Mme Guichoux.

Le garçon, inscrit au conservatoire et dans une classe à horaires aménagés de musique, est l'un des benjamins de la troupe qui a compté jusqu'à 75 membres.

La fanfare des Enfants du boucher a été créée en 2016 par la ville de Nancy, l'union locale des MJC et la salle de spectacles "L'autre canal" pour promouvoir les fêtes de la Saint-Nicolas, personnage inspiré de l'évêque de Myre (IVe siècle) et célébré le 6 décembre.

Pour lancer les festivités, le dernier samedi de novembre, la fanfare interprète un répertoire dédié au protecteur des enfants sages et patron de la Lorraine, sur la place Stanislas à Nancy, devant des milliers de personnes.

Selon la légende, saint Nicolas a sauvé trois enfants qui, perdus, avaient frappé à la porte d'un boucher mal intentionné.

"Le répertoire, assez éloigné de la tradition, est renouvelé chaque année avec des créations originales. J'invente une histoire qui pourrait arriver aux enfants du boucher", explique Nicolas Arnoult, compositeur et directeur artistique.

L'an dernier, le thème tournait autour du Japon. Le concert de 2019 racontera l'enfance de saint Nicolas.

- "C'est une famille" -

M. Arnoult adapte la musique en fonction du nombre de trombones, tubas, trompettes, clarinettes, flûtes, saxophones et autres percussions de la fanfare qui, contrairement aux formations courantes, est statique.

Martine Elwert est devenue percussionniste sans avoir jamais pratiqué ni solfège, ni instrument. "Les percussions sont des outils simples et je suis assez basique", s'esclaffe-t-elle, couvant du regard son diabara - une calebasse recouverte d'un filet avec des coquillages -, son tambourin et ses claves - des bâtons en bois -. Dans un carnet, elle consigne des astuces, sous forme de notes et croquis.

"Je voulais retrouver du collectif et je suis une percussion vivante", raconte cette enseignante en lycée agricole à l'enthousiasme communicatif.

Pour progresser, Martine s'est appuyée sur "la bienveillance" des musiciens et de son chef de pupitre. "Il me donne le rythme. Sans lui, je ne suis rien", affirme-t-elle.

A la fanfare, un musicien professionnel guide chaque famille d'instruments. "On s'appuie sur un système d'entraide à l'intérieur des sections où les niveaux sont disparates", précise M. Arnoult.

Après le concert, Marius, dans son tablier trop grand et avec un large sourire, est plutôt satisfait de sa prestation.

"C'est une très bonne expérience pour lui, il touche du doigt ce qu'est être musicien. Je prends le pari que dans quelques années, Marius fera partie des plus doués", souligne Mme Guichoux.

L'objectif de la fanfare, "un immense et joyeux brassage", dit-elle, "est de transmettre quelque chose de la musique et ça ne peut se faire que s'il y a du lien".

"C'est bien plus qu'un orchestre, c'est une famille", sourit Martine qui ne peut s'empêcher de danser dès les premières notes de musique.

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