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Pas d'acquéreur pour des lettres de Marcel Proust

Pas d'acquéreur pour des lettres de Marcel Proust
Lettres, documents et une copie des "Jeunes filles en fleurs" de Marcel Proust, le 7 octobre 2019, avant la mise aux enchères des lettres par Christie's à ParisSTEPHANE DE SAKUTIN

Des lettres de Marcel Proust mises aux enchères lundi et racontant comment l'écrivain fit campagne pour être publié et obtenir le Goncourt n'ont pas trouvé preneur.

Datant de 1913 à 1916, cet ensemble de 16 lettres rassemblant plus de 90 pages étaient estimées entre 200.000 et 300.000 euros par la maison Christie's, qui organisait la vente à Paris.

"Le lot n'a pas trouvé preneur", a indiqué la maison de vente contactée par l'AFP.

Outre ces lettres, un exemplaire original d'"À l’ombre des jeunes filles en fleurs", comportant un envoi autographe au critique et poète Henri Ghéon, estimé entre 8.000 et 12.000 euros, n'a pas pu être vendu.

Plus tard dans la soirée, Une édition de luxe avec ses deux "placards" manuscrits (jeu d'épreuves) du prix Goncourt 1919, "À l’ombre des jeunes filles en fleurs", a été adjugé pour 87.500 euros (frais compris) dans la fourchette basse de son estimation (80.000/120.000 euros).

Un exceptionnel texte dactylographié de 17 pages, corrigé de la main de Proust, de l'incipit d'"Un amour de Swann" a trouvé preneur à 43.750 euros, légèrement au-dessus de la fourchette haute de son estimation (30.000/40.000 euros).

Enfin, les épreuves corrigées de "Du côté de chez Swann" ont été adjugées pour 9.375 euros alors qu'elles étaient estimées entre 8.000 et 12.000 euros.

Ces trois derniers lots provenaient de la collection personnelle du pianiste Alfred Cortot (1877-1962).

Dans les lettres qui n'ont pas trouvé d'acquéreur, Proust demandait à son ami René Blum, alors secrétaire général du quotidien Gil Blas, très bien introduit dans le monde de l'édition, de soumettre "Du côté de chez Swann", premier volume d'"A la recherche du temps perdu", à l'éditeur Bernard Grasset, pour le publier à compte d'auteur.

En février 1913, alors que le contrat d'édition n'est même pas signé, Proust envisage déjà de soumettre son roman à des prix littéraires, révèle une des lettres.

"Si cela pouvait faire plaisir à M. Grasset, je pourrais le présenter à un prix Goncourt quelconque je dis cela un peu au hasard car je ne sais pas très bien ce que c'est que le prix Goncourt", écrit Proust à son ami.

René Blum parviendra à convaincre Bernard Grasset de publier le premier volume de la Recherche. Marcel Proust est fou de reconnaissance. "Cher René Blum il faut absolument que vous me demandiez un service quelconque car vous me ferez bien plaisir", s'exclame-t-il.

Dans plusieurs lettres, Proust n'hésite pas à solliciter des amis proches des cercles littéraires (Jean Cocteau, Lucien Daudet, Louis de Robert...) pour lui assurer la publicité de son livre.

Quand la NRF (la maison d'édition de Gallimard) montre de l'intérêt pour le publier, Proust sollicite de nouveau René Blum pour l'aider à se défaire de ses obligations contractuelles envers Grasset.

On connaît la suite de l'histoire. En octobre 1917, Gaston Gallimard rachète à Grasset les quelque deux cents exemplaires de "Du côté de chez Swann" qui n’ont pas été vendus. Il les revêt d’une couverture NRF avant de les remettre en vente.

Les rééditions par Gallimard de "Du côté de chez Swann" et "À l’ombre des jeunes filles en fleurs" seront toutes deux mises en vente après la guerre en juin 1919.

C'est un coup gagnant pour la maison Gallimard. Le 10 décembre 1919, Marcel Proust reçoit le 17e prix Goncourt pour "À l’ombre des jeunes filles en fleurs", deuxième volet d’"À la recherche du temps perdu", face au grand favori Roland Dorgelès.

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