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Patrick Grainville, le "flamboyant", entre à l'Académie française

Patrick Grainville, le
L'écrivain Patrick Grainville (D) reçoit son épée d'académicien des mains de Jean-Marie Rouart (G), membre de l'Académie française, le 18 février 2019 à ParisFRANCOIS GUILLOT

Élu à l'Académie française en mars 2018, le romancier Patrick Grainville sera reçu jeudi Quai de Conti, au sein d'une institution qu'il a longtemps boudée avant de céder à l'amicale pression de ses amis.

"Tu as créé une révolution dans les mœurs académiques parce qu'il est d'usage que ce soient les candidats qui poursuivent de leur assiduité les académiciens (...) Te concernant, c'est nous qui avons été obligés de te faire la cour pour que tu viennes parmi nous", rappelait en souriant Jean-Marie Rouart lundi soir lors de la "cérémonie de l'épée", une réunion privée et amicale autour du futur académicien au cours de laquelle lui est remise son épée, un des signes distinctifs, avec l'habit vert, des académiciens.

Petite leçon à l'usage des futurs candidats, "l'Académie n'aime pas les gens qui se jettent à sa tête", insiste Jean-Marie Rouart. Les trois dernières élections se sont soldées par des "élections blanches", aucun candidat ne trouvant grâce aux yeux des académiciens.

Pourquoi avoir si longtemps hésité à se porter candidat à ce fauteuil quand tant d'autres rêvent de s'y poser? "J'avais peur d'être fossilisé", répond l'auteur des "Flambloyants", roman épique qui lui valu à 29 ans, en 1976, de recevoir le prix Goncourt.

A Jean-Marie Rouart qui le premier lui demanda de postuler, il a longtemps répondu qu'il était "trop jeune" pour y songer. "Ça passera", lui répondit son collègue du Figaro littéraire. "Je pique des colères épouvantables", avança alors le romancier. "Personne n'est parfait", rétorqua Jean-Marie Rouart.

A bout d'arguments, Patrick Grainville postula sur le fauteuil vacant du populaire historien Alain Decaux (décédé en 2016). Il fut élu au premier tour.

Plus sérieusement, l'écrivain, auteur de 26 romans, tous publiés au Seuil, s'est déclaré pour défendre la langue française qu'il estime malmenée. Il voue aux gémonies l'écriture inclusive, refuse de se soumettre au "franglais" ou "globish".

- "Épée guérisseuse" -

Comme le veut la tradition, ses pairs lui ont attribué un mot que le nouvel académicien devra défendre à la commission du dictionnaire. "C'est le mot +victoire+", confie à l'AFP Amin Maalouf, un des académiciens présents à la cérémonie de remise de l'épée aux côtés notamment de Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie, Florence Delay, Xavier Darcos, Marc Lambron et Dominique Bona qui, jeudi, prononcera l'éloge de Patrick Grainville sous la Coupole.

En attendant cet instant solennel, le romancier joyeux fait admirer son épée à l'assistance réunie dans un salon de la Maison des polytechniciens à Paris.

L'épée de l'écrivain, connu pour son écriture charnelle et pleine de démesure, est d'une sobriété remarquable.

Sur sa poignée sont gravés un F (comme Fanny, le prénom de son épouse) et un G (comme Grainville). Épée d'officier-médecin (elle appartenait à un grand-oncle de l'écrivain), un caducée est gravée sur sa garde. "Ce n'est pas une épée guerrière, c'est une épée guérisseuse", fait remarquer l'écrivain à la mèche en bataille. "Le caducée comporte le signe de l'arbre", poursuit cet amoureux éperdu des forêts, qui aurait voulu être "garde-forestier en Afrique".

Mais ce dont le romancier de 71 ans est le plus fier se cache sous le fourreau de l'arme. Une date, 1913, est gravée dans l'acier de la lame au fil toujours tranchant. "C'est l'année de naissance de mon père", explique Patrick Grainville à l'AFP. "1913 est une année capitale. C'est l'année de parution d'Alcools de Guillaume Apollinaire, mon poète préféré, c'est l'année de la création du Sacre du printemps de Stravinsky, c'est l'année de la publication de +Du côté de chez Swann+ de Proust...", énumère-t-il.

Parmi les quelques dizaines d'invités qui se pressent autour du futur académicien on remarque notamment Bernard Pivot, président de l'académie Goncourt, le journaliste Ivan Levaï et Maryse Wolinski, veuve du dessinateur Georges Wolinski, assassiné lors de l'attentat contre Charlie Hebdo.

Silencieuse, la philologue Barbara Cassin observe sagement la cérémonie. Élue (en mai 2018) mais pas encore reçue à l'Académie, elle est ici comme à une répétition générale.

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