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Pierre Soulages: du noir, il fait jaillir la lumière

Du noir pur, il est parvenu à faire jaillir la lumière. Créateur sans compromis, Pierre Soulages, le plus grand peintre français vivant, ne cesse d'explorer les mystères de ce pigment et de peindre... à quelques jours de son centenaire.

"J'aime l'autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité (...) Le noir a des possibilités insoupçonnées", explique l'artiste, un des rares à avoir les honneurs du Louvre de son vivant. "C'est une couleur très active. On met du noir à côté d'une couleur sombre et elle s'éclaire", confiait-il lors d'un entretien à l'AFP.

Grand, toujours vêtu de noir, Soulages n'a jamais coupé le lien avec son terroir natal, l'Aveyron, tout en peignant ailleurs. C'est un homme de fidélité, à lui-même, aux paysages de son enfance, aux grands plateaux, à sa quête artistique de lumière.

Depuis plus de 75 ans, il trace inlassablement son sillon, s'attirant la reconnaissance des institutions culturelles et du marché de l'art qui en a fait un des artistes français en activité les plus cotés.

A l'approche de son exposition au Louvre, une de ses toiles de 1960 a été adjugée 9,6 millions d'euros à Paris, un record mondial. Le précédent record était de 9,2 millions pour une toile de 1959, vendue il y a tout juste un an à New York.

"Cela veut juste dire qu'il y a des gens fortunés qui peuvent acquérir des oeuvres", balayait-il récemment, interrogée par une journaliste du Monde.

- Musée à Rodez -

En mai 2014 - il avait alors 94 ans -, il a eu le rare priviliège d'assister à l'inauguration à Rodez, sa ville natale, d'un musée entièrement dédié à son oeuvre.

Soulages est né le 24 décembre 1919 dans une maison modeste du début du XIXe siècle. Son père, artisan carrossier, meurt alors qu'il n'a que cinq ans. Il est élevé par sa mère qui tient un magasin d'articles de pêche et de chasse.

Très tôt, Soulages dédaigne "les jolies couleurs d'aquarelle" et peint à l'encre des arbres en hiver, des branches dénudées, des effets de neige.

Lors d'une visite scolaire à l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, toute proche, l'adolescent a une révélation devant la beauté de cette église romane: il sera peintre.

Pierre Soulages est admis aux Beaux-Arts à Paris à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mais il sèche les cours, préférant se former à Montpellier. Il y rencontre en 1941 Colette Llaurens qu'il épouse un an plus tard, muni de faux papiers pour échapper au Service du Travail Obligatoire (STO) qui obligeait de jeunes Français à travailler pour l'Allemagne.

Pierre et Colette sont presque toujours ensemble.

Dès 1947, le jeune peintre s'installe à Paris où il est remarqué par Francis Picabia qui l'encourage, ainsi que Fernand Léger. La peinture abstraite a alors la cote. Mais elle est rouge, jaune, bleue. Soulages lui, choisit de travailler avec de l'humble brou de noix, utilisé pour teinter le bois, et des brosses de peintre en bâtiment.

Dans les années 1950, ses toiles entrent dans les plus prestigieux musées du monde comme le Guggenheim de New York ou la Tate Gallery de Londres. Il rencontre les principaux représentants de l'Ecole de New York, dont Mark Rothko qui devient son ami.

- Cent vitraux -

Les grandes toiles des années 1950 à 1970 témoignent du travail du peintre sur le clair-obscur. Le noir s'affirme dans un rapport à d'autres couleurs comme le rouge ou le bleu, notamment grâce à la technique du raclage.

En 1959, Soulages se fait construire une maison-atelier sur les hauteurs de Sète (sud), face à la Méditerranée, où il vit toujours. Il a également deux ateliers à Paris.

L'artiste, qui préfère travailler à plat, bascule dans "l'outrenoir" en 1979: alors qu'il peine sur une oeuvre entièrement recouverte d'un noir épais, Soulages réalise qu'il vient de franchir un cap en la striant.

"J'étais au-delà du noir, dans un autre champ mental", a-il raconté. "Le pot avec lequel je peins est noir. Mais c'est la lumière, diffusée par reflets, qui importe".

En 1986, l'Etat lui passe commande de plus de 100 vitraux pour l'abbatiale de Conques. Ils sont inaugurés en 1994.

La renommée du peintre ne cesse de s'étendre. Fin 2009, sa grande rétrospective au Centre Pompidou attire un demi-million de visiteurs.

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