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Rock in Rio, exutoire pour une jeunesse brésilienne désabusée

Gabriella court le plus vite possible pour s'assurer une place au paradis : contre la grille, juste devant la scène, pour le concert de son idole, le rappeur canadien Drake, au méga-festival brésilien Rock in Rio.

Venue de Sao Paulo, à six heures de route de Rio de Janeiro, elle a fait tous les sacrifices pour voir l'artiste de près vendredi : "j'ai quitté mon emploi pour aller voir Drake", s'exclame la jeune femme brune de 19 ans, encore essoufflée de sa course effrénée.

"Ça faisait trois mois que je bossais dans une boîte de télémarketing. Quand j'ai été embauchée, je lui ai dit que j'avais déjà acheté ma place pour Rock in Rio, mais le moment venu, il ne m'a pas donné de congé donc j'ai démissionné", confie-t-elle, moulée dans un débardeur blanc.

"Je ne regrette rien, mais Drake, je t'en prie, rembourse moi le prix de la place", implore Gabriella, qui a déboursé plus de 500 réais (environ 110 euros) pour le ticket d'entrée d'une journée, environ la moitié du salaire minimum au Brésil.

Ana Luiza, elle, est venue d'encore plus loin : cette jeune Noire de 21 ans aux cheveux ras teints en rose a parcouru plus de 12 heures en bus depuis Piracicaba, ville de la région rurale de l'Etat de Sao Paulo.

Elle porte son accessoire fétiche : des chaussettes aux couleurs de l'arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBT.

"Je veux montrer que je respecte la diversité, c'est très important", explique Ana Luiza. Une diversité de plus en plus mise en cause dans un pays gouverné depuis janvier par le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, célèbre pour ses dérapages racistes, machistes ou homophobes.

Leonam, 21 ans, n'a pas hésité à se rendre au festival en salopette rose bonbon.

"Dès que j'ai acheté ma place, je me suis dit qu'il fallait que j'attire l'attention en arrivant. Je voulais montrer ma personnalité et j'adore le rose, qui est une couleur qui va bien avec l'esprit du festival", lâche cet habitant de Rio.

"Les gens viennent ici pour en profiter à fond, dehors, tout est plus difficile, la violence et les préjugés ont beaucoup augmenté", déplore-t-il.

- Luigi en jupette -

Histoire de battre en brèche les clichés machistes, une adepte du "cosplay" - qui fabrique et porte le costume d'un super-héros - est venue dans une version féminine de Luigi, le personnage du jeu vidéo Super Mario.

"J'ai voulu réinventer ce personnage pour bouleverser cette notion de genres", explique Mariana Montenegro, 31 ans, radieuse dans son costume vert adapté, avec une jupette à la place de la salopette.

Jefferson, 26 ans, venu de Recife (nord-est), a choisi de venir affublé d'un costume de licorne en peluche fuchsia.

"Quand je l'ai vu dans la boutique, je me suis dit : c'est ça qu'il me faut pour Rock in Rio", sourit-il.

"Moi, j'aime tous les styles. En fait, lors des éditions précédentes, je venais toujours le jour du métal, pour voir Slipknot ou Sepultura. Mais cette fois, je ne pouvais pas rater Drake", ajoute-t-il, alors que, derrière, lui, un orchestre symphonique répète une version classique d'un morceau de Metallica.

Le festival Rock in Rio fait tout pour inclure les jeunes de tous styles et tendances, avec un programme éclectique, comme le groupe de Heavy Metal Iron Maiden, tête d'affiche le 4 octobre, ou la chanteuse pop Pink, le lendemain.

Mais c'est avant tout un événement très commercial, avec des sponsors qui s'affichent partout, surtout à des endroits stratégiques où les spectateurs immortalisent le moment avec des selfies partagées par milliers sur les réseaux sociaux.

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