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Serebrennikov à Cannes : "Etes-vous prêts à effacer Tchekhov ou Dostoïevski ?"

 

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"Êtes-vous prêts à effacer Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï et d'autres génies russes ?", a réagi auprès de l'AFP le cinéaste critique du régime russe Kirill Serebrennikov, tout en disant "comprendre" les Ukrainiens qui se sont émus de sa présence à Cannes.

Sa montée des marches mercredi pour présenter son nouveau long-métrage "La femme de Tchaïkovski", en lice pour la Palme d'or, a suscité de vives critiques de la part de la part de représentants de cinéastes ukrainiens, qui ont appelé à "effacer" "tout ce qui est russe".

"D'abord, je dois dire que je comprends pourquoi ils disent ce qu'ils disent. Je comprends qu'ils sont dans une situation terrible, que des gens perdent leur vie, leur maison (...) Pour eux, c'est même difficile d'entendre la langue russe. Je comprends très bien ça", a réagi auprès de l'AFP le réalisateur de "Leto" (2018) et "La fièvre de Petrov" (2021).

"Mais couper tout ce qui est Russe serait une grande erreur et je suis heureux que le Festival de Cannes ait choisi la bonne solution", ajoute-t-il.

Le Festival de Cannes avait, dès fin mars, annoncé qu'il bannirait les cinéastes russes proches du pouvoir mais ne fermerait pas la porte aux cinéastes critiques envers le régime. Quelques semaines plus tard, son délégué général, Thierry Frémaux, avait indiqué que l'Ukraine serait "dans tous les esprits" durant le festival, avec notamment plusieurs films ukrainiens programmés.

- "Pas juste" -

Une position saluée par le réalisateur de 52 ans, qui estime qu'il ne faut pas "bannir des gens à cause de leur nationalité". "Etes-vous prêts à effacer Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï et d'autres génies russes ? Ce n'est pas juste. Il n'est pas juste de bannir des gens à cause de leur nationalité", a-t-il répété.

Connu pour ses créations iconoclastes, son soutien aux personnes LGBT+ et sa critique indirecte du régime de Poutine, Kirill Serebrennikov, qui ouvrira en juillet le Festival d'Avignon, est pour la troisième fois en compétition à Cannes.

Il n'avait, jusqu'ici, jamais pu se rendre au Festival de Cannes pour ses films en compétition, la justice russe l'ayant interdit de sortir du territoire, dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds.

Sans être un opposant ou un dissident, il a toujours publiquement pris position contre le rétrécissement des libertés en Russie ou les guerres menées par le Kremlin à l’étranger, et a participé à des manifestations. Mercredi, il a appelé à la fin de la guerre en Ukraine à la fin de la projection officielle de son film.

Mis en cause à Cannes par certains Ukrainiens qui affirment que "toute sa carrière a été financée par l'argent du gouvernement russe", Serebrennikov précise à l'AFP que son film a été financé "par des entreprises indépendantes russes" ainsi que par "des fonds européens".

"On me pose la question du rôle d'Abramovitch (oligarque russe) qui détient un des fonds qui a financé mon film. Abramovitch, c'est quelqu'un qui a beaucoup aidé les projets d'art contemporain, les ONG (...) et c'est quelqu'un qui a été dans les négociations entre l'Ukraine et la Russie", a-t-il expliqué.


 

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