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SYA, la rappeuse malaisienne sans tabous qui a séduit Def Jam

 
 

Lunettes noires et robe léopard, la rappeuse malaisienne SYA appelle à l'émancipation des femmes et découpe à la tronçonneuse les stéréotypes sur les musulmanes dans ses morceaux.

C'est la première artiste féminine d'Asie du Sud-Est à avoir signé avec le label américain Def Jam -- celui de superstars comme Jay-Z, Rihanna, BTS ou Justin Bieber, et son premier single, "PrettyGirlBop", évoque la misogynie et la tolérance dans son pays en majorité musulman.

"Je veux juste que les femmes se sentent mieux dans leur peau", dit SYA, ses longs cheveux noirs lâchés.

"Je ne veux pas prétendre être quelqu'un d'autre, juste pour m'aligner sur ce que la société juge bon", explique-t-elle dans une interview à l'AFP.

La vidéo de son morceau, auquel participe l'artiste singapourien en vogue Yung Raja, montre SYA en tailleur blanc caressant un chat avec un collier de perles, dans une chambre luxueuse.

On la voit ensuite jouer avec un serpent, et affirmer "je veux être comme moi", comme un refus d'être mise dans une case.

SYA fait partie d'une poignée d'artistes d'Asie du Sud-Est signés par Def Jam.

- Attaquée par les traditionalistes -

Vue comme une étoile montante dans le milieu de la musique, la jeune femme de 25 ans dit subir des attaques de ceux qui considèrent qu'elle ne se comporte pas comme une bonne musulmane.

"J'ai eu beaucoup de commentaires dérangeants: +Est-elle vraiment musulmane? Combien prend-elle pour une nuit? Pourquoi est-elle si dénudée?+", cite-t-elle comme exemple.

En Malaisie, pays d'Asie du Sud-Est relativement riche, la société conserve des valeurs très traditionnelles.

SYA dit être confrontée à un "état d'esprit patriarcal" et à la "sexualisation" de celles qui se rebellent contre les normes.

Si la majorité des Malaisiennes portent le voile, ce n'est pas une obligation légale. Mais le pays a vu une poussée de l'islam conservateur et tout ce qui est vu comme non-islamique est de plus en plus critiqué.

La jeune femme, qui a passé l'essentiel de son enfance à l'étranger, a débarqué sur la scène musicale presque par hasard, en mettant en ligne des morceaux remarqués par le rappeur malaisien SonaOne.

Il l'a présentée au label Def Jam qui était en train de se développer en Asie du Sud-Est pour profiter d'une nouvelle génération de stars locales et de l'émergence d'une audience jeune plus aisée.

"Je me considère avant tout comme une autrice (...) écrire était la première motivation pour faire tout cela", dit-elle, expliquant n'avoir jamais prévu de faire carrière dans la musique.

- Les hommes plus libres de rapper -

Attirée jeune par Britney Spears ou Michael Jackson, elle s'est ensuite tournée vers le rap, "un genre qui a tellement de franc-parler".

Mais elle observe que les hommes sont beaucoup plus libres de rapper sur des sujets sensibles: "Pour les garçons, il n'y a pas de limites. S'ils veulent rapper sur le sexe ou le cannabis, ça passe. Mais pour les femmes, si tu es d'origine malaise, tu ne peux pas suggérer que tu y touches".

D'autres artistes ont été inquiétés en Malaisie. Namewee, un rappeur issu de la minorité chinoise, a été attaqué pour des vidéos vues comme portant atteinte à l'islam.

Il vit désormais à Taïwan où il continue à faire parler de lui, avec des titres provocateurs, comme une chanson pop en mandarin qui se moque des nationalistes chinois.

SYA espère qu'elle pourra donner confiance à d'autres femmes. "Je ne veux pas être un modèle". Mais "on peut s'inspirer de moi pour être soi-même".


 




 

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