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Thomas Gunzig, l'intranquille des lettres belges

Chroniqueur à la radio, co-scénariste du dernier "Blake et Mortimer", auteur en vue de la rentrée littéraire en Belgique, on pourrait croire que Thomas Gunzig est un homme heureux. Pas si simple.

Comme l'héroïne de son dernier roman, "Feel good", l'écrivain vit au quotidien dans l'angoisse de la précarité.

A 49 ans, il a pourtant remporté plusieurs prix, notamment pour "La vie sauvage" (2017, 13.000 exemplaires), ou "Mort d'un parfait bilingue" (2001), son premier roman.

Il a également co-écrit "Le tout nouveau testament" avec son ami et réalisateur Jaco Van Dormael, un film au succès critique et public où Benoît Poelvoorde incarnait un Dieu aigri et malfaisant. Membre d'un jury littéraire, Thomas Gunzig est aussi l'auteur de pièces de théâtre.

"La notoriété ne rapporte pas d'argent. Je suis condamné à être toujours très bon pour que l'on continue à me proposer des projets", confie sans illusions ce père de 3 enfants, rencontré au "Bar du Matin", le café où il a ses habitudes à Bruxelles.

Il se souvient encore avec angoisse de l'arrêt brutal, il y a quelques années, d'un contrat pour une série de BD. "Pendant quatre mois, je n'avais plus rien".

Alice, le personnage féminin de "Feel good" (Au diable vauvert) se retrouve au chômage à 48 ans. Cette vendeuse qui élève son enfant seule va se mettre à voler pour manger.

"Je comprends très bien ce que fait Alice. Quand j'étais ado, mes parents se sont séparés. Ma mère était dans une situation très très précaire, elle a volé dans les grands magasins. Mon père a trafiqué des diamants. Il a fait un an de prison. Une famille de délinquants", sourit-il.

Pour échapper à leur sort, les héros de Thomas Gunzig se jouent de la légalité ou de la morale, mais leur noirceur se teinte souvent d'humour et de cocasserie comme cet enlèvement contre rançon d'un bébé ... que personne ne viendra jamais réclamer.

Inutile de préciser que ce dernier livre tiré à 10.000 exemplaires est bien sûr un faux "Feel Good Book", mais un vrai roman au ton radical sur la violence sociale de notre époque.

C'est aussi une satire du milieu littéraire par le biais du personnage de Tom, un "écrivain moyen". C'est grâce à lui qu'Alice écrira ce livre censé faire du bien, déplaire le moins possible et lui assurer succès et argent.

- Un genre "réac" -

"J'ai longtemps écrit des romans sombres, trash. On n'arrêtait pas de me dire, ça marcherait mieux si tu faisais un +bon feel good+", confie l'écrivain, allure svelte et boucles brunes.

Ces romans racontent "des histoires qui confirment l'état du monde, pas qui le remettent en cause, un genre très conservateur, un peu réac", tranche le romancier. Rien à voir avec la littérature.

Ces livres "nous disent si vous ne parvenez pas à être heureux, vous devez changer. Si je suis stressé, c'est ma faute", critique celui qui a gardé une dent contre les psys.

Dyslexique, il leur doit d'avoir passé six ans dans une école pour handicapés jusqu'à sa douzième année.

Aujourd'hui, Thomas Gunzig rêve comme son héroïne d'écrire un best-seller et d'obtenir un prix en France, juste pour "être un peu rassuré par +le milieu+", après plus de 25 ans d'écriture.

En cette rentrée, il fourmille de projets: il pense déjà à son nouveau livre - "une histoire de fantômes" - et il a sur le feu l'écriture de plusieurs scénarios. Avec son ami Jaco de nouveau et la romancière belge Adeline Dieudonné dont "La vrai vie" a fait un tabac l'année dernière, raflant de nombreux prix en France comme en Belgique.

Adeline Dieudonné fréquente elle aussi "Le Bar du Matin". Une chance.

"Elle m'a raconté l'histoire qu'elle avait en tête. Je lui ai dit n'attends pas, écris et tu verras bien. J'étais très heureux que pour une fois ça arrive à quelqu'un qui n'est pas du sérail, qui vient de nulle part". Aucune trace d'amertume chez l'écrivain.

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