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Varda, créatrice audacieuse d'un cinéma "fait main", pour l'historien de Baecque

Varda, créatrice audacieuse d'un cinéma
Photo prise le 16 avril 1970 de la réalisatrice Agnès Varda-

Pour l'historien du cinéma Antoine de Baecque, Agnès Varda était une réalisatrice d'une grande audace et d'une grande curiosité, qui a inventé un cinéma artisanal, "fait main", "visité par plein de curiosités étranges".

Q: Qu'a apporté Agnès Varda au cinéma avec son premier film, "La Pointe courte", en 1955?

R: "On peut dire que c'est une pionnière. A l'époque, elle à peine plus de 25 ans, et ce qu'elle apporte, c'est de l'audace. L'audace d'aller tourner un film sans moyens, dans un endroit qu'elle connaît, de façon un peu documentaire, en mettant en scène de façon très réaliste un quartier (de pêcheurs de Sète) comme la Pointe courte, tout en y apportant sa touche très personnelle. On peut dire que c'est le premier film Nouvelle Vague. Que soit Varda, 25 ans, la seule femme, qui le fasse, ça impressionnait.

Elle croyait en elle de façon presque intuitive, dans un monde qui aurait dû au contraire tout faire pour la dissuader. Tourner un film comme +La Pointe courte+ toute seule à 25 ans sans moyens, devenir la photographe du TNP, de Jean Vilar, c'est des choses qui étaient a priori infaisables pour une jeune fille comme elle.

Et puis elle était curieuse de plein de choses et c'est ça qu'elle a apporté aussi au cinéma, le croisement de la fiction et du documentaire, de la photo et du cinéma. Varda est quelqu'un qui avait une sensibilité très vive, presque instinctive pour l'image dans tous ses états. Son cinéma est fondamentalement presque impur, visité par plein de curiosités étranges. Rien n'est attendu avec elle".

Q: Peut-on dire aussi qu'elle a inventé un cinéma très artisanal?

R: "Elle a inventé son cinéma, elle a tout fait toute seule. Elle était très bien entourée, de gens très dévoués, mais c'est vrai qu'elle a inventé aussi Ciné-Tamaris (sa maison de production et distribution, ndlr). C'est aussi une aventure de production. Et elle aimait de toute façon avoir les mains dans le cambouis.

Voir Varda tourner ou monter un film, c'était voir quelqu'un au travail très concentré, très affairé, qui évidemment contrôlait absolument tout. Il y a un côté +fait main+ chez Varda, et en même temps +fait à la maison+ aussi. Elle avait réuni tout son petit monde rue Daguerre (à Paris), et tout le monde travaillait, de la préparation du tournage à la diffusion des films.

Agnès Varda a aussi fait un cinéma à la fois très proche d'elle et très proche des gens, les deux sont liés. Elle avait un rapport de proximité avec les gens, très étonnant. Et elle a fait un cinéma éminement personnel, dont elle est l'un des personnages. Elle s'est mise en scène avec ce personnage de petite dame avec ses cheveux bizarres, sa coupe au bol, ses tenues un peu babas. C'est quelque chose qu'elle a construit, elle l'a dessiné".

Q: Agnès Varda a-t-elle été aussi une pionnière pour les cinéastes femmes?

R: "Elle n'aimait pas trop qu'on dise qu'elle était une cinéaste femme. Elle disait qu'elle était une cinéaste tout simplement. Et en même temps, oui, je pense que c'est aussi quelque chose qui est important à l'échelle internationale.

Partout dans le monde, elle est reconnue comme une cinéaste et en même temps une femme et une féministe. A la fois dans ses films, dans ses actions, elle a quand même énormément contribué à une forme d'égalité entre hommes et femmes, et je dirais d'une manière à la fois très pédagogique, efficace et en même temps drôle".

Propos recueillis par Sophie LAUBIE

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