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Xavier Legrand secoue le cinéma avec les violences conjugales

Un court métrage nommé aux Oscars et maintenant un premier long métrage deux fois récompensé à la Mostra: venu du théâtre, le jeune réalisateur Xavier Legrand fait une entrée remarquée dans le monde du cinéma avec un thème difficile, les violences conjugales.

"Jusqu'à la garde", en salles mercredi, raconte en 1h30 le divorce du couple Besson. La mère, Miriam (Léa Drucker), accuse le père, Antoine (Denis Ménochet), de violences et demande la garde exclusive de leur fils âgé de 12 ans, pour le protéger. Leur fille aînée, elle, est presque majeure. Mais la juge estime les droits du père bafoués et accorde une garde partagée. Le petit Julien va alors tout faire pour protéger sa mère.

Ce drame avait séduit début septembre le jury à Venise: il est reparti de la compétition avec le Lion d'argent de la meilleure mise en scène et le Lion du futur pour une première oeuvre. Il a aussi reçu le prix du Jury du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz.

"Je voulais travailler sur la maison, cet endroit où on est censé être en sécurité mais où on s'aperçoit qu'il y a des situations où on est le plus en danger", racontait en septembre à l'AFP Xavier Legrand, 39 ans.

"En creusant le thème, la violence conjugale est arrivée assez rapidement", poursuit-il.

Cet acteur, formé au conservatoire national de Paris, qui joue au théâtre, pour le cinéma et la télévision, pensait d'abord écrire pour le théâtre. Mais s'estimant "pas très doué (...) car mon écriture était plus axée sur l'image, sur l'action", il s'est lancé dans un scénario.

"J'ai fait une longue enquête", expliquait le cinéaste qui a rencontré des victimes de violences conjugales, une juge aux affaires conjugales, des psychologues, des policiers et assisté à des groupes de parole pour hommes violents.

Son idée de départ était de "faire une trilogie, trois courts métrages", "sans montrer la violence".

Le premier volet, "Avant que de tout perdre", a vu le jour en 2013. Xavier Legrand y décrit la journée où une femme, déjà sous les traits de Léa Drucker, décide de fuir son conjoint, avec ses deux enfants.

- Un thriller -

Le réalisateur a décidé ensuite de fusionner les deux autres courts métrages en un long.

"J'ai appris comment les juges (...) partent d'un postulat assez général, qu'un mauvais conjoint ne fait pas forcément un mauvais parent", et que "s'il n'y a pas de preuves formelles que l'enfant est en danger, il n'y a aucune raison de rompre avec le parent", dit-il.

Il rappelle qu'en 2016, 123 femmes sont mortes en France, victimes de violences conjugales. "Ce sont des homicides, il ne faut pas l'oublier".

Pour autant, "Jusqu'à la garde" "n'est pas qu'un film social. C'est un thriller", rappelait son réalisateur et scénariste. "Je voulais raconter cet homme (le père, ndlr) mais pas de son point de vue", plutôt "du point de vue de ses ennemis".

Xavier Legrand a aussi voulu "mettre le spectateur dans le fauteuil de la juge qui va se faire manipuler, puis (...) à la place de l'enfant, qui lui-même va se faire manipuler (...) et finir par le point de vue de la femme". Le procédé fonctionne avec une efficacité folle et l'angoisse monte au fur et à mesure que l'histoire avance.

Le film a séduit à l'international et sera diffusé dans plusieurs pays européens, aux Etats-Unis, en Australie, en Chine, au Japon.

Il est servi par le talent de ses acteurs. "Je pensais à Léa Drucker en écrivant", confiait le cinéaste. "C'est une actrice qui ne va jamais dans le pathos." Denis Ménochet et Mathilde Auneuveux, qui joue la fille, Joséphine, étaient également présents dans son court métrage.

Seul le petit garçon, Thomas Giora, 12 ans au moment du tournage, est un nouveau venu, impressionnant dans son rôle.

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