En ce moment
 
 

"Perkz", "Rekkles", "Upset"... L'esport aussi a son mercato

 
 

Depuis mi-novembre et l'ouverture officielle du marché des transferts, c'est l'effervescence sur la scène professionnelle du jeu vidéo League of Legends entre rumeurs, annonces de transferts et prolongations de contrats. Car comme dans le football, l'esport aussi vit au rythme du mercato.

C'est "LE" transfert de l'année dans l'esport: Luka "Perkz" Perkovic, une des stars du jeu-phénomène League of legends et égérie de l'équipe G2, a quitté la structure européenne pour rejoindre Cloud9 et le lucratif championnat nord-américain.

Effet domino: Martin "Rekkles" Larsson est arrivé chez G2 en provenance du rival Fnatic, qui a à son tour débauché l'espoir allemand Elias Lipp, alias "Upset", de l'équipe Astralis.

Il y a vingt ans, "Perkz", "Rekkles" ou "Upset" n'auraient pas fait l'objet d'intenses négociations. A l'époque, les joueurs se rémunéraient surtout grâce aux dotations des compétitions et ne touchaient un mini-salaire que s'ils avaient de la chance.

Mais aujourd'hui, "on a atteint la décennie de compétitions sur League of legends, presque vingt ans sur Counter-Strike. Les joueurs et leurs familles commencent à se dire qu'on peut faire une carrière esportive", explique à l'AFP Martin "Krok" Berthelot, commentateur de League of legends, "LoL" pour les initiés, et spécialiste du mercato.

Conséquence: il existe désormais un vrai marché de joueurs. Ceux-ci ont pris de la valeur, certains sont devenus des stars et peuvent aller au plus offrant.

- Les agents, nouveaux acteurs -

Le salaire de "Perkz" dans sa nouvelle équipe n'a pas été dévoilé, mais d'après le journaliste Jakob Wolf, souvent à l'origine de scoops dans l'esport, il pourrait avoisiner les trois millions d'euros annuels, faisant du Croate l'un des gamers professionnels les mieux payés au monde.

Ce montant spectaculaire n'a rien à voir avec le salaire moyen. "D'après les informations que j'ai glanées, un joueur qui débute en LEC (le championnat européen de LoL, ndlr) commencerait entre 70.000 et 125.000 euros l'année et un joueur moyen toucherait entre 200 et 300.000 euros par an", estime Krok. "Ce n'est pas encore l'effervescence du football, mais cela dépasse ce que certains autres sports connaissent", souligne-t-il.

Des sommes auxquelles il faut toutefois souvent déduire un pourcentage à verser à l'agent du joueur. En effet, la naissance d'un marché à part entière avec d'importants montants en jeu a entraîné l'apparition de ces nouveaux acteurs.

"C'est un métier assez récent dans l'esport", déclare Nathan Laprade, agent de joueurs depuis cinq ans. "Il y a quelques années, l'arrivée des agents était plutôt une mauvaise nouvelle pour les équipes parce que jusque-là, elles pouvaient faire un peu ce qu'elles voulaient avec les joueurs et imposer leurs conditions", explique-t-il. "Maintenant qu'il y a des agents, on va regarder les chiffres et les clauses plus précisément et on ne peut plus faire de choses bancales."

Si le marché des transferts apparaît de plus en plus structuré, le niveau de régulation diffère encore drastiquement d'un jeu à l'autre.

- "Le Far West" -

Le mercato de "LoL" par exemple, entièrement régi par son éditeur Riot Games, ressemble en beaucoup de points à celui du foot avec une période de transferts en fin de saison et des règles strictes à respecter.

"Le modèle Riot est le plus encadré, le plus structurant, le plus mature", estime ainsi Fabien Devide, le patron de Vitality, l'équipe leader en France. "C'est presque trop conservateur, on aimerait parfois s'offrir le luxe d'aller chercher un joueur en cours de saison. Les règles ont leurs limites mais c'est le système le plus +safe+ et le plus paisible", explique-t-il.

Sur d'autres jeux en revanche, en l'absence d'autorité régulatrice, les remplacements et transferts peuvent intervenir à tout moment. "C'est parfois un peu le Far West sur cette question du recrutement", ajoute-t-il. "Sur Counter-Strike par exemple, on peut approcher les joueurs sans le consentement de l'équipe, même si en réalité il y a un gentlemen's agreement (accord informel, ndlr) et ça ne se fait pas."

Malgré la professionnalisation croissante du secteur, il reste donc des pistes d'amélioration. L'une d'elles ? La rémunération des clubs formateurs, selon Krok. "Je pense que ça va mettre encore un peu de temps à se mettre en place", dit-il.




 

Vos commentaires