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A peine sorties de l'enfance et féministes revendiquées

 
 

Elles sont à peine sorties de l'enfance et se revendiquent "féministes!": la vague #MeToo, les réseaux sociaux et les célébrités ont sensibilisé les très jeunes filles. Elles sont encore peu militantes, mais pour elles, "le féminisme, c'est normal".

"C'est quelque chose de normal pour toutes les filles et même pour les garçons", explique à l'AFP Salomé, 15 ans. Cette jeune Parisienne a "toujours entendu parler" de cette notion, "impossible d'y échapper", entre l'actualité, les conversations avec les amis et surtout les réseaux sociaux.

Sur Twitter, Facebook, Instagram et TikTok, "les idées féministes arrivent à vous sans que vous les cherchiez", à travers des images et messages partagés par des contacts ou suggérés par les algorithmes, souligne Josiane Jouët, sociologue des médias qui a publié "Numérique, féminisme et société" (Presses des Mines).

Un phénomène qui s'est renforcé depuis le mouvement de dénonciation de violences sexistes #MeToo, né en 2017 et véritable catalyseur, selon la sociologue.

#StopFeminicides, #DoublePeine, #LaHonteDoitChangerDeCamp: "Quand j'ai vu tous les hashtags sur les réseaux, ça m'a donné envie de comprendre ce qui se passait", témoigne Charlotte, 14 ans, qui vit près de Toulon. Son constat: "La société privilégie trop les hommes et rabaisse les femmes".

- Nouveaux modèles -

Les adolescentes ne suivent pas forcément les comptes d'associations féministes mais s'intéressent à ceux d'influenceuses, comme Marion Séclin (Mady) ou de personnalités comme les chanteuses Ariana Grande, Angèle ou Beyoncé, qui portent aussi ces idées.

"On est sorti des modèles académiques. Ces nouvelles icônes permettent la pénétration informelle des thèmes féministes dans la culture populaire", décrypte Mme Jouët.

Les célébrités ont aussi contribué à rendre ces idées "cool" et attractives pour les adolescentes d'aujourd'hui. Un changement de paradigme alors que "féminisme" était presque un gros mot pour la génération de leurs parents.

"A certaines périodes, il y a des reflux, et à d'autres, le féminisme est très fort", comme actuellement, explique Françoise Picq, historienne du féminisme qui observe sur le long terme un rajeunissement du mouvement.

Dans ce contexte, les adolescentes de 12, 13 ou 14 ans "absorbent ces idées comme des éponges", constate la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer, co-autrice d'"Adolescentes sur le fil" (Marabout, 2021).

"Je n'en connais pas une qui ne se dit pas féministe. Mais ces jeunes filles en pleine construction ne sont pas militantes et ont parfois des comportements paradoxaux", notamment vis-à-vis des garçons, nuance-t-elle.

- "Effet boule de neige" -

Même constat chez Osez le féminisme!, qui intervient dans les collèges et lycées pour sensibiliser les adolescents sur l'égalité homme femme.

"Les jeunes sont davantage sensibilisés sur des sujets en lien avec le féminisme, comme les stéréotypes de genre ou l'orientation sexuelle, mais il y a encore des moqueries quand les gens n'entrent pas dans les cases habituelles", relève Alyssa Ahrabare, porte-parole de l'association.

Mais "même si les jeunes n'intègrent pas toujours pleinement les principes féministes dans leur comportement, leur plus grande exposition à ce discours entraînera un effet boule de neige" dans la société, estime-t-elle.

La diffusion plus large des idées féministes amène déjà plus de jeunes filles à militer. Des lycéennes participent aux manifestations du 8 mars pour les droits des femmes et du 20 novembre contre les violences.

A 16 ans, certaines poussent la porte d'associations, comme #NousToutes, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Le collectif compte une cinquantaine d'antennes au sein de lycées et d'universités en France.

Lucie s'intéresse à ces questions depuis ses 14 ans. A 17 ans, elle a décidé d'agir et a créé avec deux amies un comité #NousToutes dans son lycée de Barr (Bas-Rhin) pour sensibiliser les élèves aux violences sexistes. "J'ai envie de faire entendre ma voix", dit cette ancienne "féministe junior".


 

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