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Cyberdéfense: Paris montre les crocs

Internet, INFORMATIQUE

Les armées françaises sont désormais dotées d'une doctrine de lutte informatique offensive, une manière de muscler leur posture face à la multiplication des menaces dans le cyberespace, devenu un champ de bataille à part entière.

La ministre française des Armées Florence Parly et le chef d'état-major des Armées François Lecointre doivent présenter à la presse ce vendredi à 11h00 (10h00 GMT) cette doctrine cybermilitaire "offensive", qui s'ajoute à un volet défensif existant, et précise les conditions et modalités de recours à l'attaque numérique.

À l'heure où se multiplient les cyberattaques venant d'États, hackers, groupes terroristes ou criminels, et où les systèmes de combat sont de plus en plus connectés, cet ensemble de textes "donnent le cadre d'emploi précis de l'utilisation du cyber en opérations", explique-t-on au cabinet de Mme Parly.

Le ministère français des Armées, qui dispose depuis 2017 d'un commandement militaire de cyberdéfense ("Comcyber"), est soucieux d'afficher ses ambitions dans l'espace numérique, identifié comme un axe prioritaire dans la Revue stratégique française publiée fin 2017.

La Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 prévoit le recrutement par les armées de 1.000 cybercombattants supplémentaires, pour atteindre un effectif de 4.000 personnes d'ici sept ans. La LPM prévoit d'investir 1,6 milliard d'euros sur la période dans le cyber.

- Besoins croissants -

En énonçant cette doctrine, la France souhaite "envoyer un message à nos adversaires potentiels, qu'ils sachent que nous aussi pouvons agir" dans le cyberespace, fait-on valoir à l'Hôtel de Brienne.

Depuis quelques années, plusieurs attaques informatiques attribuées à des Etats ou à des groupes qui leur sont proches ont été capables de provoquer des destructions physiques, parfois énormes.

En 2010, Stuxnet, un ver informatique sans doute déployé par les États-Unis et Israël a détruit des centrifugeuses utilisées par l'Iran pour son programme nucléaire.

En 2017, Wannacry, une attaque attribuée par les États-Unis à la Corée du Nord, et surtout NotPetya, pour laquelle la Russie est fortement soupçonnée, ont coûté des milliards de dollars à des entreprises dans le monde entier en détruisant leurs systèmes informatiques.

En abordant la question du numérique, le ministère des Armées espère aussi "sensibiliser nos soldats à la part croissante du cyber dans nos opérations" et susciter dans la foulée des vocations, alors que "le vivier de gens compétents est limité" et "les besoin de plus en plus élevés dans les armées comme dans les entreprises".

Incidemment, le Comcyber a lancé ces derniers jours une campagne de recrutement sur les réseaux sociaux, alors que s'ouvre mardi le Forum international de la cybersécurité à Lille (nord).

"Cette présentation de la stratégie de cyberdéfense militaire revient à lever le voile sur ce qui était opérationnel dans les forces armées de longue date", commente un bon connaisseur du dossier cyber. Il rappelle que "Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense de 2012 à 2017, ndr) avait déjà précisé que la lutte informatique offensive n'était en rien tabou".

Mais "un peu de communication permet d’affirmer le désir de puissance de la France dans ce champ d’affrontement invisible", décrypte cet expert.

Parmi les alliés de la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne sont d'ores et déjà dotés d'une doctrine cyber offensive.

Washington dispose depuis 10 ans d'un cybercommandement militaire chargé de réagir aux attaques informatiques et mener des opérations offensives dans le cyberespace.

Les États-Unis et leurs alliés ont probablement utilisé des armes informatiques dans leurs opérations contre le groupe État islamique.

L'Otan considère également depuis 2016 le cyberespace comme un "domaine opérationnel", et s'autorise désormais le recours à des tactiques de cyberguerre dans les opérations de l'Alliance pour renforcer sa "dissuasion" face à la Russie.

Par conséquent, "une cyberattaque peut déclencher l'article 5" du traité fondateur de l'Alliance, qui prévoit que les pays membres volent au secours d'un allié en cas d'agression.

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