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Guillaume Rozier, quand la donnée éclaire la pandémie

Guillaume Rozier, quand la donnée éclaire la pandémie
Le Français Guillaume Rozier, le créateur de Covidtracker, pose le 12 février 2021 à Paris JOEL SAGET
 
 

Covidtracker, Vaccintracker, Vitemadose et désormais Chronodose: Guillaume Rozier a créé, seul puis avec d'autres bénévoles, des services internet gratuits anti-Covid. Face à leur grand succès public, le jeune homme se dit lui-même surpris par "la créativité qui émane des données".

A partir de mercredi, Chronodose, le petit dernier de la série, permettra de chercher un rendez-vous de vaccination resté disponible le jour même ou le lendemain.

Il permettra ainsi à tous les adultes de profiter facilement de la décision du gouvernement d'ouvrir à tous les plus de 18 ans, sans condition d'âge ou de santé, les créneaux de vaccination non pris le jour suivant.

"Chaque jour il y a encore quelques milliers de créneaux de vaccination non pourvus pour le jour même et le lendemain", indique à l'AFP Guillaume Rozier, 25 ans.

Chronodose sera une fonctionnalité supplémentaire de Vitemadose. Lancé début avril, ce site internet permet d'avoir en un seul coup d’œil les créneaux disponibles sur les différentes plateformes de rendez-vous, Doctolib, Keldoc, Maiia, Ordoclic ou MaPharma.

Vitemadose - salué par Emmanuel Macron lui-même - a été créé par Guillaume Rozier avec le concours d'une centaine de bénévoles, après le succès public de Covidtracker, le site de suivi de l'évolution de la pandémie qui l'a fait connaître.

Début mars 2020, Guillaume Rozier est en train de terminer ses études d'ingénieur à Telecom Nancy, avec une spécialité en intelligence artificielle et traitement des données de masse (big data).

Face à la dégradation de la situation sanitaire en Italie, il s'interroge: la France est-elle en train de suivre la même voie ?

Il va chercher les statistiques sur la mortalité et le nombre de cas réunies par l'université américaine Johns Hopkins et réalise un graphique comparant l'évolution des deux courbes.

La réponse est claire, la France est bien en train de suivre, avec quelques semaines de retard, l'évolution italienne.

Il partage son graphique avec ses proches, qui s'y intéressent, et réclament une actualisation quotidienne.

Il automatise la création du tableau sur une page internet et diffuse le lien sur Twitter...

- Audience de champion -

Partagé par les internautes, amélioré constamment, le site bientôt baptisé Covidtracker s'installe comme une référence d'information sur la progression de la pandémie en France.

Il atteint des scores d'audience à faire pâlir bien des champions de l'économie de l'attention: "10 millions d'utilisateurs distincts au mois d'avril 2021", selon Guillaume Rozier.

Le site est utilisé par les journalistes, cité par les autorités... En janvier, il crée Vaccintracker, qui suit la progression des vaccinations.

Alimenté au début par des simples recoupements d'informations publiées par la presse, en particulier par la presse régionale, le site finit par recevoir à titre officieux les informations du ministère de la Santé, transmises par le cabinet d'Olivier Véran.

Inquiet d'un risque d'instrumentalisation, Guillaume Rozier en arrive à menacer le ministère de cesser la publication, si les données ne sont pas mises en accès libre... ce qui est fait un peu plus tard.

Pour le jeune homme au ton posé, l'énorme succès de Covidtracker et de Vitemadose est la "démonstration tangible", y compris pour le grand public, de l'importance de la libération des données détenues par l'Etat et les administrations (open data).

"Chaque donnée qui est produite par une administration devrait être publiée rapidement, de façon exhaustive, et dans un format accessible par une machine", souligne-t-il.

Même si l'administration ne sait pas comment seront exploitées ces informations, même si aucun projet n'est prévisible, il y a peut-être quelque part un développeur qui va commencer à tirer un fil, pour créer quelque chose de nouveau, explique-t-il.

"Je n'aurais jamais imaginé les innovations, la créativité qui a émané des données" sur la pandémie, à partir d'un démarrage très simple et très modeste début mars 2020, se remémore-t-il.

"On peut imaginer tout ce que cet accès aux données peut faire émerger, dans la santé plus globalement, mais toute l'économie, les transports, le réchauffement climatique, l'énergie...", ajoute le jeune homme, qui travaille désormais pour un groupe de conseil informatique français, filiale du groupe américain Accenture.


 




 

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