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La saga Xerox/Fujifilm, nouvel exemple de la détermination des actionnaires activistes

La saga Xerox/Fujifilm, nouvel exemple de la détermination des actionnaires activistes
L'un des "pères" de l'actionnariat activiste, Carl Icahn, 82 ans, est à la manoeuvre avec XeroxNeilson Barnard

La saga Xerox, qui a rebondi vendredi, est un nouvel exemple de la détermination des actionnaires activistes à s'opposer à la direction d'une entreprise quand ils estiment les choix de celle-ci contraires à leurs intérêts, en l'occurrence la fusion avec le japonais Fujifilm.

Alors qu'Elliott Management vient de réussir un coup de maître en gagnant contre Vivendi dans la bataille pour le contrôle de Telecom Italia, c'est cette fois-ci l'un des "pères" de l'actionnariat activiste, Carl Icahn, 82 ans, qui se retrouve à la manoeuvre avec Xerox, un groupe pionnier de la reprographie et de l'informatique.

Depuis une semaine, les annonces se multiplient de part et d'autre, le Conseil d'administration de Xerox, emmené par son PDG Jeff Jacobson, ayant dans un premier temps semblé battre en retraite avant de repartir à l'offensive.

La cause de la bataille est un accord conclu en janvier prévoyant que Xerox se fonde dans une société commune avec Fujifilm déjà existante, Fuji Xerox, passant de fait sous le contrôle du groupe japonais, qui possède 75% des titres de la coentreprise.

A l'issue de la transaction, Fujifilm doit contrôler 50,1% de Fuji Xerox, contre 49,9% pour les actionnaires existants de Xerox, qui devaient recevoir un dividende exceptionnel de 2,5 milliards de dollars en numéraire.

Mais c'était sans compter sur Carl Icahn et Darwin Deason, deux actionnaires activistes présents au capital du groupe. Ils s'estiment lésés par cet accord et affirment que Xerox pourrait se vendre à un meilleur prix. M. Deason est le premier actionnaire de Xerox à qui il avait vendu en 2010 pour 6,4 milliards de dollars son entreprise, Affiliated Computer Services.

Ils avaient semblé prendre la main il y a une semaine lorsqu'un juge leur a donné raison en bloquant l'opération, affirmant que les arguments utilisés par M. Jacobson pour la justifier étaient "contre-intuitifs et peu crédibles".

- "Corporate Raider" -

A la suite de cette décision, le PDG et le conseil d'administration avaient semblé capituler en passant mardi dernier un accord avec MM. Icahn et Deason prévoyant le départ de M. Jacobson et la nomination de six administrateurs proches des deux actionnaires activistes.

Mais jeudi soir, ils sont revenus sur cette décision, prétextant que MM. Icahn et Deason n'avaient pas respecté les dispositions de l'accord prévoyant qu'ils retireraient leur plainte. Dans la foulée, Xerox a annoncé vendredi avoir fait appel de la décision du juge.

Pour Carl Icahn et Darwin Deason, c'est au contraire le conseil d'administration de Xerox qui porte la responsabilité de la non-application de l'accord conclu, "violant une fois encore ses responsabilités à l'égard des actionnaires de Xerox en poursuivant égoïstement son propre intérêt", affirment-ils dans une lettre ouverte publiée vendredi.

Ils y font part de leur intention de poursuivre leurs actions pour obtenir le départ de M. Jacobson et des administrateurs qui le soutiennent et "de [s'] assurer que Fujifilm soit tenu pour responsable d'avoir aidé et encouragé ces administrateurs à violer leurs responsabilités fiduciaires".

Fujifilm, de son côté, avait réagi mardi après l'annonce de l'accord désormais caduc en faisant part de ses "sérieuses inquiétudes" et jugé que la nouvelle équipe qui devait être mise en place avait "l'obligation de se conformer aux accords signés par les deux compagnies le 31 janvier".

Carl Icahn est un habitué de ce genre de bataille. Depuis les années 1980, il est l'un des "Corporate Raiders" les plus craints de Wall Street. Il s'était notamment attaqué en 1985 à la compagnie aérienne TWA qu'il avait retirée de la Bourse avant de vendre ses routes les plus rentables. Son offensive contre le sidérurgiste U.S. Steel en 1986 s'était toutefois achevée sur un échec. Il multiplie depuis les "coups" sur des entreprises qu'il juge mal gérées et vulnérables.

Il s'est également essayé à la politique en devenant pendant quelques mois le "conseiller à la réforme réglementaire" de Donald Trump au début du mandat de celui-ci avant de démissionner.

Mais le but des actionnaires activistes n'est pas nécessairement d'arriver à leurs fins. Après avoir pris une participation dans leur cible, ils se contentent souvent d'engranger leurs bénéfices une fois que le cours de l'action a progressé du fait des batailles qu'ils ont eux-mêmes provoquées.

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