Le partenariat Amazon/Monoprix illustre les "turbulences" dans la distribution

Le partenariat Amazon/Monoprix illustre les
Le partenariat entre Amazon et Monoprix illustre le rapprochement entre commerce physique et commerce en lignePHILIPPE HUGUEN
alimentation, Internet, INFORMATIQUE

Le partenariat entre Amazon et Monoprix illustre le rapprochement entre commerce physique et commerce en ligne, qui, sans être une surprise, vient créer une "turbulence" dans le paysage de la grande distribution en France, selon des experts interrogés par l'AFP.

Que sait-on de l'accord passé entre Amazon et Monoprix ?

Il porte sur un partenariat commercial: Monoprix (groupe Casino) va vendre les produits de ses marques alimentaires (entre 5.000 et 10.000 références) aux clients du service Amazon Prime Now à Paris et dans 21 communes de la proche banlieue, pour livraison le jour même. Aucune date précise de mise en service n'a été annoncée, mais elle devrait intervenir "le plus vite possible" dans l'année.

En terme de prix, chaque produit sera proposé à celui défini selon la "politique tarifaire de chacune des deux sociétés", a expliqué Frédéric Duval, responsable France pour Amazon: "il n'y a aucune obligation d'aligner les prix", a-t-il précisé, tandis que le président de Monoprix, Régis Schultz, a spécifié que "les prix seront les même que sur Monoprix.fr". En tous les cas, "cette opération est rentable pour nous", a-t-il ajouté.

Pour Jean-Marc Liduena, associé responsable consommation et distribution au cabinet Deloitte, ce partenariat "montre bien pour les distributeurs en ligne la nécessité de se rapprocher de l'enseigne physique et pour l'enseigne physique de se rapprocher du monde digital (numérique, ndlr)".

Parmi les bénéfices pour les deux sociétés, celui d'être les premiers à s'engager dans cette voie et bénéficier d'un "avantage concurrentiel", selon M. Liduena.

Comment cette démarche s'inscrit-elle dans la stratégie d'Amazon ?

Depuis son premier livre vendu sur internet en 1995, Amazon s'est étendu à la musique en ligne, la vidéo et s'intéresse même désormais à la santé.

Aux Etats-Unis, Amazon a acheté la chaîne de supermarchés bio Whole Foods, ce qui lui permet de disposer de quelque 450 points de vente physiques et de relais pour ses colis. Il va par ailleurs livrer à domicile des produits Whole Foods.

En France, le partenariat avec Monoprix traduit une "tendance de fond", selon Matthias Berahya-Lazarus, dirigeant de Bonial et expert en distribution: "ils ont en tête toutes les courses des Français, y compris les courses alimentaires".

La stratégie d'Amazon a "toujours été la même", poursuit-il: "accroître le nombre de références", "étendre la variété de l'offre" et "faire en sorte que vous vous +tourniez+ sur Amazon quel que soit votre besoin".

Par cette alliance avec Monoprix, une enseigne de la distribution considérée comme plutôt chère, Amazon choisit un positionnement à la fois haut de gamme et de proximité, souligne Jean-Marc Liduena.

Quant à savoir si cet accord préfigure l'ouverture par Amazon de magasins physiques en France, Frédéric Duval a balayé toute "spéculation sur le futur".

Selon Matthias Berahya-Lazarus, "Amazon s'intéresse à la distribution physique, c'est sûr", et va s'y pencher en France "un jour ou l'autre".

Quelles conséquences dans le secteur ?

Dans un contexte où "toutes les enseignes s'intéressent à de nouveaux formats de livraison et de consommation", poursuit M. Berahya-Lazarus, "Monoprix s'adosse à la logistique et à l'expérience client Amazon".

"Tout le monde s'intéresse à la livraison à Paris. Et se dit que les magasins, les formats de magasins, peuvent être sans doute complétés par une offre de livraison à domicile, ou de quasi-livraison à domicile qui est le +drive piéton+", ajoute M. Berahya-Lazarus.

Dans cette bataille à Paris et en région parisienne qui s'annonce "rude et longue", difficile de dire qui seront les gagnants et les perdants, selon lui.

"C'est un mouvement innovant qui n'est pas une surprise", estime Jean-Marc Liduena, un mouvement qui "crée une turbulence dans le panorama de la grande distribution française".

Chacun des grands distributeurs traditionnels recherche "sa propre convergence" entre physique et numérique, une convergence que l'expert qualifie d'"inéluctable".

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