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Les startups bélarusses trouvent refuge en Lituanie

 
 

Peu après que le hub bélarusse des startups Imaguru a été expulsé cette année de son bureau à Minsk, la fondatrice Tania Marinich a reçu un appel téléphonique inattendu.

A l'autre bout du fil, la ministre lituanienne de l'Économie Ausrine Armonaite invitait la pépinière à déménager dans le pays balte voisin.

"Cela signifiait beaucoup, et pas seulement pour nous", a confié à l'AFP Mme Marinich lors de l'inauguration du nouveau siège de la société dans la capitale lituanienne Vilnius.

"Je pense que nous avons trouvé une nouvelle patrie ici", a-t-elle déclaré. A Vilnius, Imaguru propose des espaces de co-working et organise des ateliers pour des dizaines de startups bélarusses qui ont également franchi la frontière à la suite des répressions du régime.

Imaguru est l'une des quelque 80 entreprises bélarusses qui ont déménagé ou sont en train de délocaliser leurs activités en Lituanie depuis l'élection présidentielle de l'année dernière.

La Lituanie, membre de l'Union européenne et de la zone euro, a joué un rôle clé dans la mobilisation du soutien international aux manifestations de l'opposition contre la réélection contestée du président bélarusse Alexandre Loukachenko.

L'État balte a également accordé refuge à des centaines de personnalités de l'opposition biélorusse, dont leur leader en exil Svetlana Tikhanovskaïa.

Candidate à la présidence, l'opposante a proclamé sa victoire après l'élection avant de fuir en Lituanie quelques jours plus tard, craignant pour sa sécurité alors que les autorités réprimaient durement d'immenses manifestations de protestation.

- Porte d'entrée vers l'UE -

Un mois avant qu'Imaguru ne soit expulsé, des hommes non identifiés portant des masques ont fait irruption dans leur bureau à Minsk, ont aligné tout le monde contre un mur et les ont emmenés dans un poste de police.

Le personnel de l'entreprise était de fervents partisans des manifestations anti-Loukachenko.

"Nous avons été fermés à cause de nos opinions politiques", dénonce Mme Marinich, veuve d'un ancien prisonnier politique.

Elle n'a pas souhaité indiquer combien d'employés ont également déménagé, de peur pour leur leurs familles restées au Bélarus.

Pour la ministre de l'économie, "la Lituanie peut devenir une porte d'entrée vers l'Union européenne".

Pour faciliter le processus, le gouvernement a adopté plusieurs mesures, dont la libéralisation des règles d'immigration.

"Il y a aussi bien des petites entreprises, allant de 10 à 20 employés que de grandes sociétés", a précisé Gintare Baciuliene, de l'agence gouvernementale "Invest Lituanie".

"La grande majorité d'entre elles sont issues du secteur informatique. Ce secteur en Bélarus a généralement généralement une bonne cote dans le monde", a-t-elle assuré.

En outre, la Lituanie propose des services en russe ce qui plait aux expatriés bélarusses.

Certains investisseurs étrangers se plaignent cependant de difficultés à ouvrir des comptes bancaires.

Mme Marinich a dû attendre quatre mois pour ouvrir le compte d'Imaguru en Lituanie.

"C'est de la bureaucratie, cela prend du temps, de la paperasse et de l'argent, évidemment. Mais comparé à la bureaucratie biélorusse, ce n'est rien", relativise-t-elle en riant.

- "Prête pour le changement" -

Ancien candidat à la présidence, le mari de Tania, Mikhaïl Marinich a été arrêté en 2004 pour avoir soutenu l'opposition.

Il a passé trois ans et demi en prison, où il a subi un accident vasculaire cérébral.

Il est décédé en 2014, neuf ans après sa libération.

Mme Marinich qualifie son entreprise de "poursuite" du travail de son époux.

"Je crois en l'éducation, je crois aux gens, et en changeant la mentalité d'au moins certaines personnes, je peux contribuer à la croissance d'une nouvelle génération, qui sera prête pour le changement."


 




 

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