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Nouvelle polémique autour de Facebook, Zuckerberg refuse de bannir les négationnistes

Nouvelle polémique autour de Facebook, Zuckerberg refuse de bannir les négationnistes
Le patron de Facebook Mark Zuckerberg à son arrivée au Parlement européen le 22 mai 2018 à BruxellesJOHN THYS
Internet

A chaque jour sa polémique pour Facebook, dont le patron fondateur Mark Zuckerberg essuie un feu nourri de critiques pour son refus de bannir les négationnistes du réseau social.

Dans un entretien accordé mercredi au site spécialisé Recode, il a indiqué qu'il ne comptait pas censurer des propos qui auraient été tenus, selon lui, "sincèrement".

"Je suis juif et il y a des personnes qui nient l'existence de l'Holocauste. Je trouve cela très choquant. Mais au bout du compte, je ne crois pas que notre plateforme doive supprimer ce genre de propos parce que je pense qu'il y a des choses sur lesquelles certaines personnes se trompent".

Aux Etats-Unis, révisionnisme et négationnisme ne sont pas interdits par la loi et la jurisprudence tend à les placer sous la protection du premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d'expression.

Dans de nombreux Etats européens, en revanche, des propos révisionnistes ou négationnistes sont passibles de poursuites pénales.

"Le négationnisme est une stratégie de longue date, délibérée et obstinée des antisémites qui est incontestablement haineuse, dangereuse et constitue une menace pour les juifs", a réagi Jonathan Greenblatt, directeur de l'Anti-Defamation League, l'une des grandes organisations de lutte contre l'antisémitisme.

"Facebook a l'obligation morale et éthique de ne pas permettre sa propagation", a-t-il ajouté.

Face à la vague de critiques, Mark Zuckerberg a ensuite fait parvenir un email à Recode pour clarifier ses déclarations.

"Bien sûr, si un message franchissait la ligne rouge prônant la violence ou la haine à l'encontre d'un groupe en particulier, il serait retiré", a-t-il écrit.

- Facebook incontrôlable? -

Depuis plusieurs mois, Facebook est accusé de laisser se propager des articles, des images ou des vidéos qui, sans contenir d'appel direct à la haine, peuvent être perçus comme un encouragement aux actions violentes.

En mars, des enquêteurs des Nations unies avaient notamment estimé que Facebook avait joué un rôle dans les violences ayant visé la minorité musulmane Rohingya.

Au Sri Lanka, les autorités ont même bloqué, en avril, l'accès au site, estimant que celui-ci encourageait les violences interreligieuses.

Mercredi, Facebook a annoncé qu'il retirerait les fausses informations postées sur le réseau et susceptibles de créer des violences de façon imminente.

"Nous commençons à mettre en oeuvre cette nouvelle politique dans des pays où nous voyons des exemples où la désinformation a (...) entraîné des violences", avait indiqué Tessa Lyons, responsable chez Facebook, citant le cas du Sri Lanka.

Par exemple, le réseau social pourra retirer des contenus inexacts ou trompeurs comme des photos truquées, créées ou partagées pour contribuer à la violence physique ou l'exacerber.

Mais cette initiative a été reléguée au second plan par les déclarations de Mark Zuckerberg sur les négationnistes.

A l'instar d'autres géants d'internet, notamment Twitter ou Google, Facebook navigue à vue pour ménager les critiques qui le taxent, d'un côté, de régir arbitrairement les contenus de sa plateforme et, de l'autre, de laisser s'y exprimer violence et haine.

Avec 1,4 milliard d'utilisateurs quotidiens, le réseau social doit faire face à un volume inédit, qui l'a poussé à doubler ses effectifs dédiés à la sûreté et la sécurité, à 20.000 personnes dont 7.500 chargées uniquement des contenus postés sur la plateforme.

La clarification apportée par Mark Zuckerberg n'a pas empêché de nombreux internautes de relancer le mouvement #DeleteFacebook, lancé après l'éclatement de l'affaire Cambridge Analytica.

"Qu'il s'agisse de sanctionner les négationnistes ou d'enfreindre les règles du consentement, Zuckerberg ne sait pas comment gérer le pouvoir qu'il a", a estimé, sur Twitter, Matt Stoller, du think tank Open Markets.

"Cela confirme l'idée inquiétante que cet individu ne devrait pas avoir autorité sur une population plus importante que celle de l'hémisphère sud", a abondé Scott Galloway, professeur de marketing à l'université de New York (NYU).

Pour M. Galloway, cette nouvelle controverse ne devrait cependant avoir qu'un impact limité sur le nombre d'utilisateurs et les recettes publicitaires de Facebook, qui reste, pour les uns comme pour les autres, incontournable.

Seul un élu ou un gouvernement peut aujourd'hui "arrêter" Facebook, estime M. Galloway. "La seule personne au monde qui semble prête à s'attaquer aux géants de la tech, c'est (la Commissaire européenne à la concurrence) Margrethe Vestager".

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