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Privé de Google, Huawei pourra-t-il installer Facebook, WhatsApp et Instagram sur sa solution de remplacement ? Un président nous répond

Privé de Google, Huawei pourra-t-il installer Facebook, WhatsApp et Instagram sur sa solution de remplacement ? Un président nous répond
Kevin Ho, président des smartphones de Huawei
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Le lancement du Mate 30, le dernier fleuron du géant chinois des télécoms, a été chaotique. Il n’est pas commercialisé en Europe dans un premier temps, car il est privé bien malgré lui de tous les indispensables services et applications de Google. Du coup, il force son destin en développant à grande échelle une solution de rechange. J’ai pu m’entretenir avec Kevin Ho, l’un des présidents de Huawei, qui supervise le développement de tous les smartphones de la marque.

Vous l’avez lu dans notre article consacré au lancement du Mate 30, Huawei vit une période très délicate. Le grand fabricant télécoms (matériel 3/4/5G et smartphone) est au centre d’une guerre commerciale et géopolitique entre la Chine et les Etats-Unis.

Et les premières conséquences concrètes viennent de tomber : les nouveaux smartphones de la marque sont équipés d’une version d’Android dite ‘Open Source’, c’est-à-dire les fondations du système d’exploitation de Google, mais sans aucun ajout de services ou d’applications.

C’est sur cette base que Huawei a construit son interface maison EMUI, et elle fonctionne très bien sans aucun service ni application de Google en Chine depuis de nombreuses années.

L’omniprésence de Google

Dans le reste du monde cependant, tout s’est construit autour de Google. Car les services de Google, c’est bien plus que les applications Gmail ou YouTube. Il y a les GMS (Google Mobile Services) dans lesquels sont imbriquées un grand nombre d’applications, comme par exemple Uber pour la cartographie. Toutes ces app ne peuvent tout simplement pas fonctionner sans la suite logicielle de Google.

Et puis il y a le Play Store, puissant et riche magasin d’applications de Google, qui est absent des Mate 30 et des futurs smartphones de Huawei.

Bref, d’un concept très ‘ouvert’ et ‘open source’, la système Android est devenu au fil des ans très dépendant de Google, à grands ajouts de fonctions, d’applications, de service maison.

Les Huawei Mobile Services, c’est quoi ?

Raison pour laquelle Huawei, poussé dans le dos par l’administration Trump, accentue sa volonté d’indépendance et développe ses propres Huawei Mobile Services. Exemple : le magasin d’applications de Google, le fameux Play Store, est remplacé par un homologue à la sauce Huawei, l’AppGallery.

Pour y voir plus clair, en marge du lancement du Mate 30, nous avons pu nous entretenir avec Kevin Ho, un des nombreux présidents de Huawei. Comme la plupart de ses collègues, il est un peu perdu par rapport à la stratégie de l’entreprise, qui était sur les bons rails pour devenir N.1 mondial du smartphone (en terme de volume) en 2020. Une stratégie qui évolue parfois jour après jour, suite aux négociations qui se poursuivent en très haut lieu. Et dans son discours, comme durant les conférences de Huawei, chaque mot est pesé…

« Nous collaborons beaucoup avec les développeurs pour qu’ils rendent leurs applications disponibles sur les Huawei Mobiles Services », m’a expliqué M. Ho, qui supervise le développement de tous les smartphones du groupe. Mais des applications comme Facebook, WhatsApp et Instagram ne sont « pas encore disponibles » sur cet Android à la sauce Huawei. « On y travaille », ajoute-t-il.

J’ai pu jeter un œil à un Mate 30 Pro équipé de l’AppGallery en marge du lancement, et il y manque effectivement la plupart des applications d’origine américaine. Elles n’existent tout simplement pas, on trouve à la place un tas d’ersatz qu’il vaut mieux éviter, genre ‘Facebook Tips’ (Astuces pour Facebook).

Il faudrait des années, mais…

Des constats qui rendent pratiquement impossible la commercialisation d’un Huawei Mate 30 en Europe. Il faut des années pour construire un écosystème aussi riche et puissant que celui développé par Google depuis plus de 10 ans. Et il faut s’entendre avec les acteurs américains pour qu’ils osent travailler avec les Chinois. Jusqu’à preuve du contraire, ça leur est interdit.

De plus, nous en avons eu la confirmation lors de cette interview, les développeurs qui publient actuellement des applications sur le Google Play Store « devront collaborer avec Huawei » pour la rendre compatible avec les Huawei Mobile Services. En d’autres, termes, il ne suffit pas de changer trois lignes de codes pour être présent sur les futurs Huawei, il faut modifier bien plus que ça. Raison pour laquelle le géant chinois a annoncé un investissement d’un milliard de dollars pour la plateforme, y compris pour soutenir les développeurs.

1 milliards, c’est beaucoup, même pour Huawei. Ce développement d’un écosystème sans la galaxie Google se fera donc « même si la guerre commerciale se termine entre la Chine et les Etats-Unis, car on a appris beaucoup de choses de la crise que nous traversons », a-t-on appris d’une autre source Huawei, dans les coulisses de la conférence.

Bref, un concurrent de l’Android sauce Google est en pleine expansion, et il va forcément grandir dans les années à venir. N’oubliez pas qu’il se construit sur une base d’utilisateurs grande comme la Chine, où tout va très vite. Qui sait si le grand perdant, finalement, ce ne sera pas Google ?

D’autres options… plus risquées

Un mot sur les autres alternatives. Huawei ne peut pas en parler officiellement, mais elles existent. Android est assez souple, et en chipotant un peu, on peut installer soi-même Facebook, par exemple. En tapant ‘Facebook apk’ dans le navigateur du Mate 30, vous trouvez une liste de sites qui permettent de télécharger le fichier, un peu comme un .exe sur Windows. J’ai essayé sur le Mate 30 Pro et cela a fonctionné. On peut même installer d’autres magasins d’application, comme Aptoid.

Mais se pose la question de la fiabilité, de la sécurité et de la stabilité des applications installées de ces manières. A long terme, surtout pour des smartphones vendus plus de 1.000 euros, ça n’est pas tenable.

Tout peut s’arranger, mais il y aura des séquelles

Terminons par le scénario le plus probable pour les mois à venir : les Etats-Unis lèvent les restrictions envers Huawei pour ne pas aller trop loin dans la guerre commerciale (la Chine n’a pas encore riposté mais les entreprises américaines ont beaucoup à perdre), Google peut à nouveau donner des licences à Huawei, le Mate 30 sort dans le monde entier.

C’est probablement ce qui va arriver car en ce moment, les murs tremblent à Shenzhen, où le fleuron Huawei est touché en plein cœur, presque humilié en devant présenter un smartphone invendable. Et ça, Pékin doit bien le savoir…

Mais ce qui est sûr, c’est que Huawei continuera à développer sa solution, son écosystème interne, pour éviter de revivre la situation très confuse qu’il connait actuellement…

 

 

 

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