17% des Belges sont OBÈSES: le constat alarmant de ce chirurgien spécialiste du surpoids

Les chiffres de l'OMS sont alarmants: 2,8 millions de personnes meurent chaque année dans le monde car elles sont en surpoids. Marc Vertruyen, chef du service de chirurgie abdominale à la cellule obésité des Cliniques de l'Europe, était l'invité du RTLINFO 13H d'Alix Battard.

Une question simple d'abord : comment en arrive-t-on là ? Comment démarre le surpoids ?

"C'est une dynamique extrêmement complexe. Il faut savoir tout d'abord que nous ne sommes pas tous égaux face à la nourriture. Il y a des métabolismes lents, il y a des métabolismes rapides, et tout commence souvent dans la prime enfance. De 0 à 1 an, le gavage d'un enfant va entraîner une augmentation du nombre de cellules graisseuses, ce qui va déjà le prédisposer à être obèse par après. Ensuite, il y a toutes les dérives de notre société occidentale : le stress, la pression, le surmenage, les problèmes de couple, les problèmes professionnels, parfois aussi l'ennui face à la perte d'un emploi. Ce qui va faire que dans toute cette noirceur, parfois, la nourriture est le seul moyen de satisfaction. Et donc, ce moyen est utilisé, parfois comme grignotage, parfois comme hyperphagie, et l'obésité s'installe. Il faut aussi incriminer le rôle de ces sociétés de production alimentaires qui connaissent bien ces faiblesses et qui nous proposent des packs de produits de plus en plus alléchants, pour être sûrs que nous ayons du stock alimentaire lorsque nous allons craquer. Les messages publicitaires qui passent à 22h avec des biscuits, du chocolat : ben oui, c'est vrai qu'on a une petite fringale à ce moment-là et qu'on va craquer. Et puis, la dynamique se met en route : le patient augmente en poids, la mobilité diminue, l'obésité s'installe, les complications s'installent, impossible de faire du sport, et puis on est pieds et poings liés."


Comment enrayer l'obésité ? De plus en plus de patients se font notamment poser un anneau gastrique et pour eux, le chirurgien est la première option. C'est un problème ?

"C'est un gros problème parce que la chirurgie ne résout pas l'obésité. L'obésité n'est pas un problème chirurgical, l'obésité est un problème de comportement alimentaire qui doit être traité par un suivi nutritionnel associé à un soutien psychologique. Et la chirurgie ne doit s'installer que comme une aide pour éventuellement faciliter l'adhésion à un programme nutritionnel. La chirurgie est quand même mutilante : on met un anneau, on coupe une partie de l'estomac et finalement, c'est perçu par le patient comme une véritable contrainte. Ça veut dire qu'on va réduire le passage de façon à ce que le patient ait de plus en plus difficile à avaler. Et donc, bien souvent, les patients pensent que c'est le nirvana, que c'est le Graal, 'Voilà je vais me faire opérer et ça va aller mieux'. La chirurgie ne résout pas les problèmes de couple, la chirurgie ne donne pas un emploi, la chirurgie ne résout pas les problèmes professionnels. Nous vivons la chirurgie de l'obésité comme un échec puisqu'on arrive en dernière ligne et les patients arrivent en disant : 'J'en ai marre de faire un régime, opérez-moi, faites quelque chose'. Ce sont des patients en détresse profonde, et la chirurgie n'apporte pas toujours la solution."


Pour alerter les autorités, une table ronde se tiendra ce soir avec la ministre de la santé. Vous qui voyez au quotidien ravages de la malbouffe, que recommandez-vous face à ce problème de santé publique ?

"La malbouffe est un fléau dans notre société et nous devons en prendre conscience. Cela risque de miner nos sociétés si on continue comme ça. Il suffit de voir de l'autre côté de l'Atlantique comment ça se passe : chez les Américains, le nombre d'obèses est encore plus important. Ils n'arrivent pas à contrôler le problème. Je pense qu'il faut commencer à la base à tous les niveaux, c'est-à-dire commencer par éduquer les enfants, qui vont sans doute eux-mêmes éduquer leurs parents. Ensuite, il faut s'appuyer sur un réseau de médecins traitants qui, grâce au tissu social autour du patient, vont pouvoir détecter les signes avant-coureurs de l'installation de l'obésité. Et bien évidemment les hôpitaux s'inscrivent en dernière ligne, où les patients arrivent en tant qu'obèse et nous devons agir. Mais c'est un changement de société que nous devons effectuer, sinon, nous allons droit dans le mur."

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