En ce moment
 
 

Atteinte d'une maladie incurable, Anne, 59 ans, va venir se faire euthanasier en Belgique: "Lorsque je ne pourrai plus me nourrir toute seule"

Atteinte d'une maladie incurable, Anne, 59 ans, va venir se faire euthanasier en Belgique:

L’histoire d’Anne Bert est interpellante. Cette romancière française atteinte d'une maladie incurable, ne peut légalement demander l'euthanasie dans son pays. Dans son dernier livre, elle explique qu'elle viendra donc en Belgique pour obtenir le droit à mourir dans la dignité. Un cas qui est loin d'être isolé. Plusieurs centaines de patients français entreprennent une telle démarche dans notre pays. Benoit Duthoo et Steve Damman expliquent pourquoi dans le RTLinfo 19H.

La Française Anne Bert, qui souffre d'une maladie dégénérative incurable, veut avoir droit à la liberté de "choisir sa fin de vie" face à l'interdiction de l'euthanasie en France, quelques jours avant sa mort programmée dans un hôpital belge. "Je ne suis absolument pas dépressive, c’est quelque chose qui est mûrement réfléchi. Lorsque je ne pourrai plus me nourrir toute seule, c’est donc d’aller en Belgique et de demander à ce que soit mis fin à ma vie. C’est une honte que ce soit un autre pays qui m’accueille pour ça", explique-t-elle.

L'écrivaine de 59 ans, qui avait déjà interpellé les candidats à la présidentielle française en janvier, tente une dernière fois de faire évoluer les mentalités avec un livre, "Le tout dernier été", blâmant les "conservateurs qui affirment que la vie doit être vécue jusqu'au bout de l'enfer". Si elle se défend d'avoir écrit "un texte militant", son livre évoque son "combat" pour un départ choisi. "Je ne serai plus là pour sa parution", le 4 octobre, conclut-elle sobrement.


"Je veux mourir en paix, avant d'être torturée"

Romancière et ancienne éditrice, Anne Bert souffre d'une sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou "maladie de Charcot", qui conduit à une paralysie des muscles qui l'"emmure progressivement". Aucun traitement curatif n'existe pour cette affection, diagnostiquée chez elle en octobre 2015. La loi française autorise depuis 2016 la "sédation profonde et continue" jusqu'au décès, une administration de substances anti-douleur qui s'apparente à un droit à être endormi sans être réveillé. Mais elle s'applique uniquement aux malades déjà en phase terminale et n'autorise pas l'euthanasie active, c'est-à-dire l'administration d'un produit provoquant directement la mort. "Ce sera au moment où je serai grabataire, donc ça implique qu’il faut que je chemine dans le couloir des tortures", fait-elle remarquer. "Je veux mourir en paix, avant d'être torturée", écrit-elle également dans son livre.


Anne regrette l'asile forcé pour pouvoir mourir

Elle a donc choisi de mourir en Belgique où elle est suivie "depuis décembre". Dans ce pays, l'euthanasie active est autorisée depuis 2002 pour les patients souffrant d'un mal incurable et qui ont formulé leur demande "de manière volontaire, réfléchie et répétée". Elle regrette toutefois cet exil, comme celui d'autres malades français, qui se rendent en Belgique ou en Suisse, forcés à "partir à un moment de notre vie où on est forcément vulnérable émotionnellement", expliquait-elle début septembre sur la radio France Inter.


Un cheminement plus long pour les non-Belges


Jacqueline Hermans est la présidente de l'association pour le droit de mourir dans la dignité. Elle explique pourquoi il peut être plus long pour un Français (ou étranger) d’obtenir l’autorisation d’être euthanasié en Belgique. "Ça prend nécessairement plus de temps que pour une personne qui réside en Belgique. Parce qu’il faudra déjà concevoir plusieurs allers-retours, il faudra se couler dans les conditions de la loi belge, avec le fait que le médecin qui accueillera la personne, dans un premier temps, voudra qu’il y ait une relation thérapeutique profonde qui lui permettra précisément d’examiner si la demande est bien réelle, volontaire, réfléchie, réitérée, ensuite se pencher sur l’affection médicale qui doit être grave et incurable, sur base d’un dossier médical, sur base d’examens et, enfin, s’attacher à la question des souffrances. Sont-elles, ces souffrances psychiques ou physiques, inapaisables. Donc cela prendra nécessairement du temps et le temps est quelque peu allonger par le fait qu’il s’agit d’une non-résidente en Belgique", a-t-elle détaillé au micro de Benoît Duthoo pour le RTLinfo 19H.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui s'était prononcée en 2015, "à titre personnel (...) en faveur de l'espace de liberté belge", s'est "alignée sur la position d'Emmanuel Macron" depuis son entrée au gouvernement, a déploré Anne Bert, qui a "longuement discuté" cet été avec la ministre par téléphone. Pendant la campagne, les équipes du candidat Macron lui avaient répondu que revenir sur la législation actuelle n'était "pas une priorité".

Vos commentaires