Des problèmes pour vous endormir? Les somnifères doivent être "la toute dernière option", plaide Maggie de Block

La ministre de la santé lance une grande campagne de sensibilisation concernant les somnifères et calmants. Nous en consommons beaucoup trop. En moyenne cela concerne un belge sur 8 de plus de 15 ans. Maggie De Block encourage patients et experts de la santé à trouver des alternatives. Reportage de Benoît Duthoo et Samuel Lerate.

Anxiété, stress, difficultés pour s’endormir... nous sommes nombreux à en souffrir et beaucoup trop nombreux à prendre des somnifères ou des calmants. Dans le domaine en Europe, les Belges sont champions, or ces médicament délivrés sous prescription ont des effets secondaires.

"Ces médicaments peuvent avoir des rémanences la journée et donc provoquer des troubles", met en garde Alain Chaspierre, président de l’Association pharmaceutique belge (APB). "Ça peut être problématique au niveau de la circulation automobile. On constate pas mal de phénomènes de chute parce qu’ils ont une action aussi au niveau musculaire chez les patients âgés", poursuit-il.

Somnifères ou calmants, chaque jour les belges consomment 1 260 000 pilules. Le plus souvent, il s’agit de benzodiazépine, une substance hypnotique qui engendre rapidement une accoutumance et une dépendance.


Les somnifères n'offrent pas de solution durable

"Il y a déjà une dépendance quand on a l’usage quotidien au bout de deux semaines", souligne Maggie de Block. La ministre des affaires sociales et de la santé publique regrette que certains y aient recours pendant de nombreuses années. Ces comprimés "n'offrent pas de solution durable, ils agissent uniquement sur les symptômes", ajoute-t-elle. Ceux-ci doivent être "la toute dernière option", a-t-elle déclaré.

Affiches, brochures, site internet, une campagne de sensibilisation vise les médecins, les pharmaciens et le grand public. Une personne de plus de 15 ans sur 8 consomme des somnifères ou des calmants. Chez les plus de 75 ans, on passe à une personne sur 3.

"Dans les maisons de retraite, ils n’ont plus tellement d’activités, ils sont diminués de leur capacité de vision, de hobbies, de trucs à faire… et la nuit est longue", explique le Docteur Joke Pauwelyn. "Ces personnes-là n’ont besoin que de 5, 6 heures de sommeil. Ça veut dire encore 5,6 heures au lit", note-t-elle.


Une plateforme de e-learning pour sensibiliser les médecins

La campagne veut attirer l'attention sur les alternatives, telles qu'une alimentation saine, un bon rythme de sommeil, une activité physique régulière ou un accompagnement spécifique. "Les somnifères et les calmants peuvent être utiles pour certaines personnes, mais conjugués à un traitement non médicamenteux, à une dose contrôlée et ce pendant une période limitée", insiste Maggie de Block. Les médecins, qui sont en première ligne, semblent conscients du problème et désireux d'inverser la tendance. En témoigne leur intérêt pour un module de formation par internet, déjà suivi par près de 2.000 médecins. Cette plateforme d'e-learning met notamment l'accent sur les techniques d'entretien préconisées et l'importance de l'empathie.


Des médicaments préparés "sur mesure" pour entreprendre un sevrage

De leur côté, les pharmaciens ont aussi un rôle à jouer, estime Alain Chaspierre, président de l'Association pharmaceutique belge. Le pharmacien, souvent confronté à des patients "qui viennent d'emblée exprimer leurs problèmes", peut donner des conseils relatifs à l'hygiène de vie ou l'architecture du sommeil. Les préparations magistrales, soit des médicaments préparés "sur mesure", peuvent aussi aider un patient à entreprendre un sevrage, en réduisant les doses de manière progressive. Des discussions sont par ailleurs en cours avec l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) concernant la composition des boîtes de médicaments, afin par exemple de ne plus placer 20 comprimés lorsqu'un somnifère ou calmant peut créer une dépendance à partir de 14 jours, indique la ministre de la Santé.

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