En ce moment
 
 

La migraine n'est pas une fatalité: "Si on détecte les facteurs déclenchants, on pourrait déjà enrayer l’engrenage"

La migraine n'est pas une fatalité:
 
 

Si vous avez les symptômes du coronavirus, cette année vous aurez le réflexe de ne pas venir travailler. Mais si vous avez la migraine, que faîtes-vous? Selon une étude, seuls 15% des employés décident de rester à la maison quand ils souffrent de puissants maux de tête. Pourtant, vous allez voir que souvent les lieux de travail accentuent ces migraines.

Le Docteur Gianni Franco est neurologue au CHU UCL Dinant, pour la semaine de la migraine, il était présent sur le plateau du RTL Info Bienvenue.

Alix Battard: Pourquoi selon vous, parmis les belges qui souffrent de la migraine, aussi peu, considèrent que c’est une raison valable pour ne pas aller travailler?

Gianni Franco: En fait, ils ne sont pas très nombreux puisque sur quatre personnes qui ont la migraine, trois vont rester travailler et une seule n’ira pas travailler. C’est là qu’est le problème puisque l’absentéisme forcé d’une maladie aussi invalidante donne une mauvaise image de ces personnes qui sont particulièrement attentives. Mais d’autre part, quand on ne reste pas travailler, on fait du présentéisme. Avec une maladie aussi invalidante, on est moins performant.

A.B.: Pourquoi ils n’y vont pasC'es? Parce que la migraine reste parfois un sujet tabou ? On n’ose pas le dire à son employeur visiblement. 34% des migraineux cachent leurs migraines à leurs supérieurs. Comment ça se fait?

G.F.: Le problème de la migraine, c’est qu’elle est tellement décrite comme une comédie fallacieuse qu’on oublie que c’est une véritable maladie.

A.B.: On ne la prend pas au sérieux?

G.F.: On ne la prend pas au sérieux depuis très longtemps. On assimilait cela aux comédies des dames qui ne voulaient pas avoir des rapports intimes avec leurs époux. Mais bien loin de là, c’est une maladie, une maladie neuro-vasculaire irritative très invalidante sur le plan des prémisses, sur le plan de la douleur elle-même qui peut durer de 4 à 48 heures. Très douloureuse, très intense. Et puis, la période post-douloureuse est particulièrement invalidante elle-aussi puisqu’elle s’accompagne de fatigues, de troubles de la concentration et même parfois de réactions dépressives variées. Donc c’est une vraie maladie avec une charge émotionnelle et physique particulièrement importante. Et aussi, au niveau de la société.

A.B.: Et son environnement de travail peut empirer une migraine. Comment ça se fait?

G.F.: C’est le but de la campagne qui est une campagne de sensibilisation, d’information et pour prôner la communication entre les travailleurs et les employeurs. C’est aussi de prévenir, par la détection des facteurs déclenchants. Comme le disait Léonard de Vinci : « Ne pas prévenir, c’est déjà gémir. » Si on détecte les facteurs déclenchants, on pourrait déjà enrayer l’engrenage.

A.B.: Sur son lieu de travail, quels sont ces facteurs? La lumière? L’ordinateur? Sa position de travail?

G.F.: Il y en a au moins trois qui sortent des statistiques de notre enquête. C’est d’abord la lumière vive, le bruit inattendu, strident, et le stress. Mais il y en a à peu près 400. Chaque migraineux a son facteur déclenchant qui lui est propre. Le tout est de bien le décerner. Nous avons les odeurs aussi, le stress dans les transports pour aller au travail, les troubles du sommeil, l’insomnie, le travail à pauses nocturne, l’obésité qui donne des ronflements, les apnées du sommeil, les variations hormonales chez la dame. C’est bien pour ça que la migraine est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

A.B.: Comment apaiser ces migraines?

G.F.: En détectant les facteurs déclenchants de façon à ne pas permettre l’engrenage douloureux de ce cerveau qui est hyper sensible et qui va aller dans une tempête douloureuse invalidante. D’autre part, lorsque vous avez des crises migraineuses fréquentes, et donc invalidantes par leur fréquence, vous avez des traitements anti-douloureux de fond qui peuvent être des traitements médicamenteux et non-médicamenteux d’ailleurs. Dans les traitements médicamenteux, vous avez des médications de plus en plus performantes et efficaces.

A.B.: Ça peut survenir au cours de la vie la migraine? Comment éviter de souffrir de maux de tête? Il y a une prévention qui existe?

G.F.: On ne peut pas la prévenir, mais on peut en tout cas la détecter. En la détectant, on peut la prendre en charge. Effectivement, vous avez parmi 10 migraineux que 2 qui sont traités, 4 ne consultent pas et 4 ne consultent plus. Ceux-ci ne consultant plus font de l’automédication ce qui aggrave encore la douleur. Effectivement, pour s’en sortir, il faut connaître ses facteurs déclenchants, les éviter.

A.B.: Il faut consulter dans tous les cas?

G.F.: Je pense que le rôle diagnostique du médecin est incontournable. Le rôle du pharmacien est de plus en plus incontournable, c’est celui d’accompagner l’information et la sensibilisation, de permettre et de suivre l’observance médicamenteuse et non-médicamenteuse, des conseils, et aussi parfois de déceler certaines attractions médicamenteuses.

A.B.: Donc la migraine n’est pas une fatalité? C’est le message aujourd’hui en cette semaine de la migraine?

G.F.: Ce n’est pas une fatalité puisque les traitements, les approches sont très nombreuses, très efficaces. Il faut effectivement se faire traiter en marquant une alliance thérapeutique entre le patient migraineux et l’entourage qui soit intervenant de la santé et aussi employeur.

A.B.: Uniquement 2% des travailleurs optent pour le télé-travail en cas de migraine. On espère que cette année, comme le télé-travail est rentré dans les habitudes en raison du coronavirus, que ce chiffre pourrait changer.

G.F.: C’était une entrée obligée, mais le télé-travail devra être bien organisé et aussi partiel parce qu’il devra permettre au travailleur migraineux de revenir dans l’équipe pour revenir en synergie.




 

Vos commentaires