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Un cancer sur deux est diagnostiqué chez une personne de plus de 70 ans: comment les oncologues accompagnent-ils les patients âgés?

 
 

Comment accompagner spécifiquement les patients, plus âgés, atteints d’un cancer ? Pour répondre à cette question, l'hématologue Dominique Bron était l'invitée du RTL INFO "Avec Vous" ce midi.

1 cancer sur 2 est diagnostiqué chez une personne âgée de plus de 70 ans. L'accompagnement des personnes âgées représente un réel défi pour la cancérologie, à tel point que cet accompagnement porte un nom spécial. Pouvez-vous nous en dire plus? 

C'est vrai que c'est un défi pour les oncologues et les onco-hématologues de demain, le nombre est de plus en plus important. 1 patient sur 2 qui est diagnostiqué aujourd'hui a plus de 70 ans, et on a développé, déjà depuis une dizaine d'année, mais c'est un sujet qui reste dans l'ombre, ce qu'on appelle l'oncogériatrie. C'est une sous spécialité de l'oncologie qui s'intéresse spécifiquement aux personnes âgées. 

En quoi ça consiste exactement et en quoi c'est différent de l'oncologie classique? 

J'aimerais introduire en disant qu'il y a beaucoup de mythes autour du cancer des personnes âgées. On a tous entendu "le patient est trop âgé", "il ne va pas supporter le traitement", ou "faut réduire les doses". Donc il y a déjà ce mythe que chez le patient âgé, on doit réduire les doses... Et on a fait ça pendant plusieurs années parce que le patient quand on lui parle de réduction des doses il est forcément enchanté parce qu'il voit moins de toxicité, moins de perte d'autonomie, ce qui est la crainte principale du patient. Le médecin aussi est satisfait si on peut réduire les doses parce que lui il a peur d'être toxique et de tuer son patient. Et donc finalement, on avait comme ça une attitude de diminuer les doses chez les patients âgés... 

Par facilité? 

Je ne dirais pas par facilité mais plutôt par empathie. Et on passait à côté de la chance de guérison dans certaines maladies. 

Un patient âgé à tout autant de chance de guérir d'un cancer? 

Un patient âgé n'est pas un autre patient. Tout le monde connaît des patients de 75 ans où l'un est actif, voyage, s'occupe de ses petits enfants et au même âge, on va avoir un patient qui est institutionnalisé, qui a du mal à marcher et se gérer. Donc c'est évidemment la question aujourd'hui et c'est pour ça que c'est si complexe de s'occuper d'un patient âgé. Comme pour tous les patients jeunes, la première question c'est de faire le bilan de la maladie, le diagnostic, les facteurs pronostics de la maladie et quelles sont les chances de mortalité lorsqu'on est face à un patient âgé. Mais ça se complique quand on a un patient de plus de 75 ans, encore plus quand il a 85 ans... C'est de voir si ce patient est capable de supporter le meilleur traitement, si ce patient ne va pas avoir trop de toxicité, s'il habite seul, s'il est capable de réagir face aux effets secondaires. Donc ça c'est la deuxième étape. 

Et si cette personne souhaite recevoir le traitement? Il y a peut être des personnes âgées qui peuvent prendre le traitement mais ne veulent pas le suivre. Comment ça se passe? 

Effectivement c'est la troisième étape quand on s'occupe d'un patient âgé. Après avoir fait le bilan de la tumeur et le bilan du patient, la troisième étape c'est d'aller présenter au patient le résultat de notre discussion et de voir quelles sont ses volontés. Pour beaucoup de patients âgés, la qualité de vie est beaucoup plus importante que la quantité de vie. Et donc c'est quelque chose qui est souvent discuté avec les patients âgés, un traitement palliatif mais qui lui permettra de rester à la maison ou bien un traitement curatif mais qui va imposer 6 mois de médicalisation. 

Il y a tout un comité visiblement en oncogériatrie qui évalue la capacité de ces patients à supporter le traitement. Ils doivent aussi se soumettre à toute une série de tests neurologiques et physiques. Est-ce qu'ils acceptent facilement? 

Un gériatre va être capable d'évaluer le patient pour ses performances physiques: est-il capable de manger, gérer ses comptes, marcher...? Il va également évaluer le patient sur ses comorbidités, est-ce que le patient à une insuffisance cardiaque ou rénale qui empêcherait la chimiothérapie? A-t-il d'autres médicaments? C'est très rare d'avoir un patient âgé qui n' pas d'autres traitements. Et bien évidemment, cela interfère avec notre traitement donc on doit évaluer.

La deuxième évaluation est physiologique. Donc on évalue l'état nutritionnel. Beaucoup de patients âgés sont dénutris car ils se négligent un peu. 

Les médecins disent que les patients âgés ont tendance à minimiser leur état émotionnel et physique, c'est vrai?

Là où les patients craignent, c'est sur leur fonction cognitive. Et généralement, les médecins ne sont pas à la hauteur pour pouvoir bien évaluer le patient à la fois sur son état dépressif et ses fonctions cognitives. Donc on a mis en place une unité d'oncogériatrie et des neuropsychologues font ces évaluations dont vous parlez. Le patient est évalué sur sa capacité de mémoire, de concentration, de réagir devant un évènement inattendu. Pour répondre à ces questions, on a des questions bien précises. 


 




 

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