En ce moment
 
 

FAUSSE INFO: non, le coronavirus n'est pas une bactérie et il n'y a pas un remède italien

FAUSSE INFO: non, le coronavirus n'est pas une bactérie et il n'y a pas un remède italien
CORONAVIRUS

Plusieurs personnes relayent actuellement un message sur les réseaux sociaux. Des médecins italiens auraient trouvé le remède pour guérir tous les malades atteints du coronavirus, qui serait finalement une bactérie… propagée via la 5G. Un pot-pourri des théories du complot que l'on a décrypté avec l'aide d'un chercheur de l'UCLouvain.

L'épidémie du coronavirus que nous connaissons cette année est en déclin, avec des chiffres à la baisse depuis plusieurs semaines, ce qui nous permet de retrouver, petit à petit, une vie normale.

Si au début, nous avons eu à faire à de nombreuses élucubrations sur internet, liant l'épidémie à un laboratoire chinois ou à Bill Gates, les fake news semblent suivre la même courbe descendante que la maladie covid-19.

Cependant, en cette fin de mois de mai, vous êtes nombreux à nous transmettre un message aperçu sur les réseaux sociaux, plateforme idéale pour semer la peur et le chaos en partageant des rumeurs. "Des médecins en Italie ont désobéi à l'OMS et trouvé un remède au coronavirus, qui n'est pas un virus mais une bactérie. Que vaut cette info qui circule beaucoup actuellement?", nous a écrit Touria via notre bouton orange Alertez-nous.

Quelle est cette rumeur ?

Le texte évoque une information de dernière minute: "des médecins italiens" auraient trouvé "un remède" pour guérir les malades du coronavirus grâce à "l'autopsie d'un cadavre". Le coronavirus ne serait d'ailleurs "pas un virus, mais une bactérie qui provoque la formation de caillots dans le sang et entraîne la mort du patient". D'où la simplicité du remède: "Des antibiotiques, des anti-inflammatoires et des anticoagulants". Dès lors, depuis le début, les soins intensifs avec respirateurs artificiels "n'ont jamais été nécessaires".

Seul le "ministère de la santé" en Italie aurait osé réaliser ces traitements, "avec déjà 14.000 patients renvoyés chez eux en une seule journée". Le reste du monde, "les élites et l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé)" voudraient "à tout prix vacciner tout le monde" dans le but d'enrichir des multinationales et "de contrôler et réduire la population mondiale".

La suite part en vrille: la bactérie dont il serait question est "amplifiée par un rayonnement électromagnétique 5G".

palma
Copie d'écran du compte Facebook du médecin qui aurait fait d'incroyables découvertes

D'où vient cette rumeur ?

La rumeur est un texte en deux parties qui n'est pas spécialement issu d'un site web. Cela ressemble plutôt à un copié/collé de deux publications plus ou moins identiques, et sans doute traduites (avec ajout, souvent…) puis partagées sur Facebook. Elles ont été rassemblées par certains sites assez étranges et évoquant des théories du complot (dont ce blog).

En réalité, cette rumeur a pour origine la soi-disant découverte, par des médecins italiens, d'une nouvelle manière de soigner le coronavirus. On est dans le même genre de débat qu'avec l'hydroxychloroquine, qui fait parler d'elle depuis longtemps car elle est soutenue par le professeur français Didier Raoult (l'OMS et la Belgique déconseille fortement son utilisation).

Cette découverte, pour laquelle un certain Giampaolo Palma, cardiologue italien, s'érige en héros d'une manière assez particulière (voir son compte Facebook) depuis le 10 avril, a été analysée dans le détail par nos confrères du journal Le Monde, via leur site de factchecking Les Décodeurs (voir l'article).

Leurs conclusions: effectivement, certaines personnes atteintes du covid-19 ont été mal diagnostiquées. On pensait qu'elles avaient une pneumonie sévère, alors qu'elles souffraient de graves thromboses (qui sont effectivement provoquées par des caillots bouchant les vaisseaux sanguins). Dès lors, le recours à des respirateurs en soins intensifs était inutile. Ce sont des erreurs médicales dues à l'urgence de la situation et aux conséquences alors mal connues du covid-19. Mais ce n'est pas un scoop ni une découverte (on le savait dès le mois de mars), et il y a de nombreuses approximations dans les détails médicaux.

Virus ou bactérie ? Un professeur de l'UCLouvain met les choses au point

On l'a vu, quelques passages de cette rumeur sont basés sur des faits (des cas de thromboses causées par le coronavirus, mal diagnostiqués, mal soignés). Mais l'ensemble de la publication est faux: les personnes atteintes du coronavirus ont principalement souffert de symptômes respiratoires, qui dans les cas aigus ont nécessité le recours à des soins intensifs et des respirateurs artificiels.

Surtout, le coronavirus ne s'est pas miraculeusement transformé en bactérie. Il s'agit d'ailleurs de deux choses assez différentes, même si on les considère tous les deux comme des microbes (des très petits organismes vivants ne s'observant qu'au microscope, microbe signifie 'petite vie' en grec), ou plutôt "des agents pathogènes", précise Jean-Luc Gala, professeur à la Faculté de Médecine de l'UCLouvain.

"Une bactérie, tout d'abord, est beaucoup plus grosse et mieux organisée qu'un virus. Elle a un certain nombre de gènes, beaucoup plus que les virus, qui sont plus simples et plus petits. Une bactérie peut s'observer au microscope optique. Un virus, on ne le verra pas comme ça, il faut des technologies particulières, de la microscopie électronique", nous a-t-il expliqué. Rappelons-le: une bactérie peut être soignée par des antibiotiques, qui ne servent à rien contre un virus.

L'un est-il plus dangereux que l'autre ? "Non, on ne peut pas faire dans le simplisme. Il y a des virus totalement inoffensifs, et des bactéries totalement inoffensives. Il y a des virus qui sont mortels (les plus âgés se souviennent de la variole), et il y a des bactéries qui sont mortelles (un méningocoque ou un pneumocoque contre lequel on n'est pas immunisé). Certaines sont même résistantes aux antibiotiques et peuvent se propager dans les hôpitaux, ce sont les maladies nosocomiales".

Autre différence importante: la propagation. "La bactérie, généralement, ne se transmet pas aérosols. Le virus, lui, peut se transmettre par aérosols, c'est-à-dire les gouttelettes respiratoires que l'on émet, même quand on ne fait que respirer. C'est le cas de l'agent du covid ou de la grippe, notamment". Tandis que "les bactéries ont une grande propension à se propager par le contact direct: contamination des objets, des mains, etc. C'est pour ça qu'on insiste beaucoup sur l'hygiène des mains pour lutter contre les bactéries comme le staphylocoque doré dans les hôpitaux". De manière générale, "les bactéries ont un comportement moins facilement transmissible que certains des virus parmi les plus dangereux".

Dans le bioterrorisme, c'est même une des armes préférentielles

Répandre une bactérie, est-ce possible ?

Le professeur Jean-Luc Gala est spécialisé dans le bioterrorisme. La fausse information que nous démontons aujourd'hui évoque l'usage d'antennes 5G pour répandre une bactérie.

Si les radiofréquences ne peuvent bien entendu pas transmettre de bactéries ("ça, c'est du Trump Fake News", ironise-t-il), il est vrai qu'il est possible de répandre des bactéries pour tuer. "Dans le bioterrorisme, c'est même une des armes préférentielles. Le bacille du charbon, par exemple, appelé également anthrax, ne se trouve en principe que chez certains animaux, qu'il tue. Cette bactérie a tendance à produire ce qu'on appelle des spores, donc une petite bille qui pourra résister pendant parfois des centaines d'années, aux conditions climatiques les plus extrêmes. La bactérie meurt mais elle produit ces spores qui contiennent tous ses gênes, et qui peuvent dormir, puis se réactiver dès qu'ils trouvent des conditions climatiques et environnementales favorables. Ces spores, on peut les produire, on peut les diffuser dans l'air. Dans le passé, pas mal de laboratoires de pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Russie), avec de gros moyens, ont produit des quantités massives de bacilles du charbon. Mais ça, c'est le passé, ces choses-là sont interdites depuis la convention de Genève".

Sous quelle forme se répandrait une telle bactérie ? "La forme la plus redoutée, c'est effectivement une aérosolisation d'une bactérie qui s'adapterait à cette forme de dissémination. Les personnes qui sont à proximité immédiate l'incorporeraient dans les poumons, et y développerait des maladies graves. Mais on peut tenter de contaminer de la nourriture, l'eau… les possibilités sont infinies".

Cependant, le professeur Gala termine sur une note rassurante. "Souvent, les terroristes jouent sur la peur, ils essaient de créer un impact psychologique négatif majeur" sur les citoyens et au niveau des autorités politiques. "Ils prétendent qu'ils savent faire des choses et ils affirment qu'ils vont le faire, alors qu'ils n'ont pas les capacités de le faire. Rappelons que ce sont des manipulations compliquées, elles ne sont pas à la portée du premier venu: elles étaient généralement l'apanage unique des laboratoires d'état, et plus particulièrement de laboratoires militaires avec énormément de chercheurs et de moyens".

Conclusions

La rumeur qui circule depuis quelques jours, évoquant le fait que le coronavirus est une bactérie provoquant des thromboses et non un virus, et que seule l'Italie l'a compris en traitant les patients avec des anticoagulants, est principalement fausse.

"Oui", il y a eu (et il y a peut-être encore) des mauvais diagnostics, car la maladie covid-19 a des conséquences variables sur les malades (certains n'ont qu'un rhume, d'autres de graves complications respiratoires ou encore un simple état grippal). Et certains patients sont traités avec des anticoagulants depuis le début.

Mais "Non", le coronavirus n'est pas une bactérie, et en aucun cas les autorités des pays ont utilisé les antennes 5G pour répandre cette prétendue bactérie (c'est tout simplement loufoque et impossible) dans le but d'imposer au monde un vaccin.

La fake news du jour a l'air original, mais ne fait que puiser dans les théories du complot qui circulent depuis quelques temps: danger de la 5G ; alliance secrète des dirigeants politiques, de l'OMS et des grands industriels pour gagner de l'argent avec un vaccin contre le coronavirus ; tendance des citoyens de se détourner de la médecine traditionnelle pour trouver des remèdes simples et miraculeux (ce qui est un vrai danger pour la santé, on l'a vu avec des bains d'eau de Javel, de l'automédication à l'hydroxychloroquine, etc).

 

Vos commentaires