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A Amsterdam, un "opéra" pour légaliser le "plus vieux métier du monde"

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Une travailleuse du sexe attend des clients dans le quartier rouge d'Amsterdam le 6 décembre 2008ANOEK DE GROOT
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Des travailleurs du sexe se sont invités jeudi à la Conférence internationale sur le sida en présentant un "opéra" iconoclaste mais au message sans ambiguïté: "Nous sommes des êtres humains, nous avons aussi des droits".

Talon aiguille, bas résille et sous-vêtements élégants, les acteurs de la pièce "Sex worker's opera" - l'opéra des travailleurs du sexe - ont magnétisé les délégués et scientifiques réunis cette semaine à Amsterdam pour cette conférence.

"Il n'y a pas de mauvaise prostituées, il n'y a que des mauvaises lois", "le travail sexuel est un travail", "peu importe notre travail, c'est la survie que nous avons choisie", ont chanté sur scène nombre de travailleurs du sexe.

"Nous sommes tous des êtres humains et personne ne devrait nous juger pour notre travail", a déclaré à l'AFP Charlie Rose, une travailleuse du sexe venue de Londres pour participer à cet opéra. "Les droits de l'homme stipulent que toute personne doit pouvoir gagner sa vie et nourrir sa famille, et c'est exactement ce que nous faisons", a ajouté la femme de 37 ans.

La distribution de cet opéra plaide plus clairement pour décriminaliser le "plus vieux métier du monde" afin de protéger la santé des travailleurs du sexe et d'en finir avec la discrimination dont plusieurs se disent victimes.

"Il y a encore une telle stigmatisation sociale. Et cela fait en sorte qu'il est encore plus difficile pour nombre de travailleurs du sexe d'accéder à des soins de santé", estime Siobhan Knox, une autre interprète de cet opéra venue de Londres.

"Il est encore difficile pour les travailleurs du sexe d'adopter des enfants par exemple, leurs enfants vont peut-être être saisis (par la protection de la jeunesse, ndlr)", ajoute-t-elle, sans préciser son propre travail.

- "Personnes normales"

Dans les juridictions comme celle des Pays-Bas, où la prostitution est légale, les travailleurs du sexe estiment qu'il leur est plus facile de porter plainte à la police en cas de violence "car ils n'ont pas peur d'être interpellés", affirme-t-elle.

"Le système doit être plus ouvert. Nous devons commencer à considérer les travailleurs du sexe comme des personnes normales, comme des mères, des frères, des filles, des amoureux, des amoureuses... Les gens disent toujours: +je n'ai jamais rencontré de travailleur du sexe+. Nous leur disons: +vous en avez probablement rencontrés mais ils ne vous ont pas mentionné leur travail à cause du tabou encore présent".

Des experts estiment que les lois anti-prostitution ont favorisé la propagation, chez les travailleurs du sexe, du VIH, le virus qui cause le sida.

Selon la Société internationale sur le sida, une association de professionnels fondée il y a trente ans à Genève, les personnes les plus vulnérables - travailleurs du sexe, transgenres, les consommateurs de drogue par intraveineuse, etc. - représentaient 44% des nouveaux cas d'infection au VIH en 2016.

D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les travailleuses du sexe courent 13,5% plus de risque d'être infectées que les autres femmes en âge d'avoir des enfants.

Or, décriminaliser la prostitution pourrait réduire de moitié en dix ans les nouveaux cas d'infection, estime cette agence onusienne.

Et l'alternative de criminaliser les clients plutôt que les travailleurs du sexe, dans le but de protéger ces derniers, n'est pas la solution, estime des militants, dont le propos à trouver écho dans les résultats de recherche présentés à la Conférence d'Amsterdam.

"C'est encore les travailleurs du sexe qui sont les plus arrêtés, les plus contrôlés par la police, et qui paient le plus de constat d'infraction que les clients", a déclaré Hélène Lebail, chercheuse au CNRS qui a mené une enquête sur l'impact des lois françaises sur la prostitution. "Que vous criminalisiez le travailleur du sexe ou le client, le résultat est le même: la stigmatisation continue".

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