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A Rousset, premier site français de recyclage de panneaux solaires

A Rousset, premier site français de recyclage de panneaux solaires
Un ouvrier dans l'unité de recyclage de panneaux photovoltaïques gérée par le groupe Veolia à Rousset (sud), le 25 juin 2018BERTRAND LANGLOIS

Un bras articulé se saisit d'un panneau solaire, le pose sur un tapis roulant au bout duquel il est découpé en morceaux qui s'engouffrent dans une grande trieuse-broyeuse rouge: c'est là que s'achève la vie des panneaux des centrales solaires françaises.

Située à Rousset (Bouches-du-Rhône), l'unité de recyclage de panneaux photovoltaïques gérée par le groupe Veolia est opérationnelle depuis quelques semaines.

A l'issue de broyages successifs, les composants du panneau - 80% de verre, mais aussi de l'aluminium, du plastique ou du silicium - sont séparés et récupérés dans de grands bacs.

"C'est la première ligne en Europe uniquement dédiée au recyclage des panneaux solaires pour la technologie silicium cristallin", utilisée dans plus de la moité des panneaux installés dans le monde, explique Gilles Carsuzaa, directeur général de Triade Electronique, entité de Veolia spécialisée dans les déchets électroniques.

Le coeur de l'unité a été mis au point par une société européenne, dont Veolia préfère taire le nom. Elle a développé une technologie particulièrement précise pour séparer le verre des autres composants, et récupérer le silicium, produit initialement via un processus très gourmand en énergie.

"Le taux de valorisation atteint ainsi 95%, dont 90% en récupération de matériaux", assure Frédéric Ivars, directeur d'exploitation du site de Rousset, une performance qui a nécessité un investissement de plus d'un million d'euros.

Le groupe a remporté l'an dernier l'appel d'offres passé par PV Cycle France, organisme agréé en 2014 par l'Etat pour gérer la collecte et le traitement de ces produits, jusque-là exportés chez nos voisins.

- 84.000 tonnes -

"C'est le top en matière de valorisation. Alors qu'ailleurs en Europe, les panneaux sont généralement traités avec d'autres déchets, cela permet d'avoir un meilleur résultat en volume de matières recyclées", confirme Nicolas Defrenne, directeur général de PV Cycle France.

Avec l'essor croissant du solaire ces dernières années, cette question de la fin de vie des panneaux devient d'actualité. En France, même si les volumes restent encore faibles, ils commencent à augmenter, avec 2.450 tonnes de panneaux collectés l'an dernier, contre 377 en 2016.

"Les quelque 7 gigawatts de panneaux existants en France fin 2016 représentaient 55.000 tonnes à traiter", note Nicolas Defrenne. Avec les capacités installées en 2017, on est monté à 84.000 tonnes. Et la France veut un parc de plus de 20 GW d'ici 2023.

Alors qu'un panneau a une durée de vie de plus de 20 ans, les premiers récupérés proviennent pour l'instant de petites installations datant des années 1990, des rebuts de production des fabricants ou de saisies des douanes.

Au niveau mondial ce sont des centaines de milliers de tonnes de panneaux qui vont progressivement arriver en fin de vie. Le cabinet Grand View Research a évalué le marché à près de 385 millions de dollars en 2025, contre 63,8 millions en 2016.

Si l'Europe est aux avant-postes, "des pays en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique sont également en train de développer rapidement des marchés pour le recyclage", note le cabinet.

- obligation européenne -

La réglementation européenne oblige désormais tout importateur ou fabricant de panneaux établi sur le territoire européen à les collecter et les traiter lorsqu'ils arrivent en fin de vie.

En France, ils versent une contribution de 70 centimes par panneau à PV Cycle pour financer le recyclage. L'organisme et Veolia se rémunèrent également sur la vente des matières recyclées.

Une partie du verre est reprise par Saint-Gobain, l'aluminium vendu à des fondeurs, tandis que d'autres matériaux, comme le cuivre ou le plastique, rejoignent d'autres sites de Veolia.

Pour l'instant à Rousset, environ 1.000 tonnes attendent d'être recyclées. Veolia s'est engagé à augmenter les capacités de traitement de 30 à 40% par an pour atteindre environ 3.000 tonnes par an à l'issue du contrat qui s'achève en 2021.

Mais le groupe voit déjà plus loin. "L'usine va suffire dans les prochaines années pour gérer la croissance des volumes du marché français. L'objectif pour nous est de reproduire le process sur d'autres unités, en France mais aussi à l'étranger", par exemple en Allemagne, premier marché européen, en Italie, voire en Chine ou au Japon, explique Gilles Carsuzaa.

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