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Ariane 6 devra évoluer rapidement pour rester compétitif, selon la Cour des Comptes

Ariane 6 devra évoluer rapidement pour rester compétitif, selon la Cour des Comptes
Un maquette du futur lanceur Ariane 6 exposée au salon aéronautique international de Berlin, en avril 2018John MACDOUGALL
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Le futur lanceur Ariane 6, attendu en 2020, devra évoluer rapidement pour rester compétitif afin de garantir à l'Europe un "accès souverain à l'espace" sur fond de concurrence exacerbée, estime la cour des Comptes dans un rapport mercredi.

"La maîtrise des technologies spatiales et le fait de pouvoir accéder de façon autonome à l'espace sont, pour l'Europe et la France, des intérêts dont l'importance n'a jamais été aussi grande", souligne la Cour en relevant les "importants défis à relever" qui se profilent pour les lanceurs spatiaux.

"Les Européens n'ont d'autre choix que de mettre des moyens en adéquation avec leur ambition et d'unir leurs efforts alors que les Etats seuls ne disposent plus des moyens budgétaires suffisants pour faire face à cette compétition stratégique globale", poursuit-elle.

L'accès à l'espace, qui était l'apanage des grandes puissances, concernait historiquement la défense, les communications et l'observation. Ce que l'on appelle aujourd'hui le "New Space" se traduit par des applications spatiales qui vont de la surveillance du réchauffement climatique à la géolocalisation, notamment pour les futurs véhicules autonomes, en passant par les objets connectés.

Un accès autonome à l'espace répond donc à des enjeux de sécurité et de défense, industriels et économiques mais aussi sociétaux et de rayonnement et de politique d'influence, souligne la Cour.

Or, l'arrivée de nouveaux acteurs, publics avec des Etats (Russie, Japon, Chine et Inde), privés avec les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) "attirés par les potentialités nouvelles de l'espace", a bouleversé ce paysage.

La Cour rappelle ainsi qu'un effort budgétaire "massif" a conduit à l'émergence de SpaceX. Les acteurs américains bénéficient d'un avantage concurrentiel majeur avec le premier budget spatial civil dans le monde: 19,5 milliards de dollars en 2018 pour la NASA contre 5,6 milliards d'euros pour l'Agence spatiale européenne (ESA).

Les Etats-Unis offrent à leurs lanceurs un marché captif soutenu par leur commande publique, alors que le marché des lancements institutionnels européens est plus modeste et ouvert à des prestataires non-européens.

- Acquérir la technologie du réutilisable -

L'Europe spatiale doit donc unir ses atouts et consacrer des moyens financiers "à la hauteur des enjeux, afin de prendre toute sa part dans le développement du +New Space+, ou perdre une capacité stratégique majeure acquise après cinquante ans d'efforts".

La Cour rappelle qu'en 1974, les conditions posées par la NASA pour le lancement de satellites de communication français et allemands, "qui visaient à leur interdire toute exploitation commerciale", "ont convaincu les Européens de la nécessité de disposer de leur propre lanceur".

Depuis et bien que handicapée par les effets de change - les prix des satellites commerciaux sont négociés en dollars - Arianespace est parvenue à se hisser au premier rang mondial du marché commercial pendant plus de deux décennies, en s'appuyant sur la fiabilité de ses lanceurs et sur une offre compétitive.

Pour préserver ce rang, le lanceur Ariane 6, qui sera opérationnel en 2020, "doit évoluer rapidement pour rester compétitif", notamment grâce au "réutilisable", le fait de pouvoir récupérer une partie du lanceur pour un nouveau tir, poursuit la Cour.

"Même si l'ambitieux calendrier de développement d'Ariane 6 est respecté, il y a un risque important que le lanceur ne soit pas durablement compétitif face à SpaceX, qui continue de progresser", poursuit-elle, en insistant sur le fait qu'Arianespace ne bénéficie pas d'une commande publique "comparable à celle de SpaceX".

A ses yeux, "une plus grande participation des partenaires européens de la France doit être recherchée".

"De conséquents nouveaux budgets de développement seront nécessaires pour permettre aux lanceurs européens d'accéder à cette technologie", poursuit-elle, en soulignant que les Européens disposent déjà de briques technologiques permettant d'acquérir la technologie du réutilisable.

Parmi les six recommandations qu'elle formule figurent la priorité à l'innovation technologique plutôt qu'au soutien à l'exploitation, impliquer davantage les partenaires européens et l'Union européenne, la fin de la pratique des arriérés de paiement envers l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'amélioration de la programmation budgétaire de la politique spatiale.

Enfin et alors que se tient cette année une réunion ministérielle de l'ESA à Madrid, elle recommande de proposer "un ambitieux plan de modernisation" de la base de Kourou (Guyane), port spatial de l'Europe.

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