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Avant les Nobel, "Greta" fait le buzz pour la paix, la littérature s'offre deux prix

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Un Nobel de la paix pour Greta Thunberg? Même si les experts sont circonspects, le nom de la jeune égérie de la lutte pour le climat tourne en boucle, tandis que la littérature s'offre deux lauréats après une saison blanche l'an dernier.

Les bookmakers plébiscitent la Suédoise de 16 ans qui a mobilisé des millions de jeunes à travers le monde depuis qu'elle a lancé, à la rentrée 2018, la "grève de l'école" à l'origine du mouvement "Fridays for Future".

Mais tout pronostic est compliqué, sinon impossible, du fait de l'absence de liste nominative des candidats soumis au comité Nobel norvégien qui décerne la récompense. Et les spécialistes restent divisés sur la réalité du lien entre conflits et dérèglement climatique.

En attendant l'annonce le 11 octobre à Oslo, l'Académie suédoise, qui décerne le prix de littérature, aura révélé son choix la veille à Stockholm.

2019 doit marquer l'An 1 de la résurrection pour cette institution fondée en 1786 sur le modèle de l'Académie française, mise au supplice depuis deux ans par l'exposition de ses turpitudes internes après un scandale d'agression sexuelle.

L'académie avait dû reporter d'un an l'annonce du Nobel 2018 - une première depuis 70 ans - faute du quorum d'académiciens requis, et il aura donc cette année deux médailles à graver dans l'or, l'une pour 2018, l'autre pour 2019, chacune agrémentée d'un chèque de 9 millions de couronnes (830.000 euros).

Sauf... Sauf si "les lauréats n'acceptent pas le prix" dévalorisé à leurs yeux, avertit Madelaine Levy, critique au quotidien Svenska Dagbladet.

Comme chaque année depuis 1901 les salons littéraires bruissent de mille rumeurs qu'on devine être l'écho du désir de ceux qui les propagent.

La Polonaise Olga Tokarczuk et le Kényan Ngugi Wa Thiong'o voisinent ainsi dans les colonnes des journaux avec l'Albanais Ismaïl Kadaré, l'Américaine Joyce Carol Oates et, éternel oublié, le Japonais Haruki Murakami.

Leçon apprise, l'académie ne devrait pas faire de vagues et une femme au moins sera primée, prédit-on. "Les Nobel (...), surtout la littérature et la paix, sont toujours controversés", prévient Olivier Truc, auteur de "L'affaire Nobel" (Grasset).

Le sacre de Bob Dylan en 2016 avait indigné les gardiens du Temple. En 2017, celui de l'écrivain britannique d'origine japonaise Kazuo Ishiguro, plus consensuel, avait été perçu comme une réparation.

- Le 'Weinstein' français -

Aux sources du scandale, la publication en novembre 2017 de témoignages anonymes accusant une personnalité proche de l'Académie d'agressions sexuelles, de harcèlement et de viols.

La vindicte, apparue quelques semaines après la mise en cause du producteur de cinéma américain Harvey Weinstein et le lancement du mouvement #MeToo, visait le Français Jean-Claude Arnault, marié à une académicienne, la poétesse Katarina Frostenson. Lui a depuis été condamné à deux ans et demi de prison pour viol, elle a rendu son fauteuil.

La déflagration a entraîné une avalanche de départs au sein de l'Académie, corrompue par les clans et les luttes d'orgueil. A telle enseigne que le roi Carl XVI Gustaf, protecteur de l'académie, a dû intervenir, événement rarissime dans cette démocratie où la monarchie est tenue à un rôle d'apparat.

L'Académie suédoise a depuis fait peau neuve ou presque, modifié ses statuts, promis plus de transparence dans son fonctionnement.

- Un prix pour Greta? -

En 2018, le Nobel de la paix était revenu à deux hérauts de la lutte contre les violences sexuelles, le gynécologue congolais Denis Mukwege et la Yazidie Nadia Murad.

Pour l'édition 2019, "Greta" est la favorite des sites de pari en ligne mais les prédictions en ce domaine sont extrêmement hasardeuses.

"Ce qu'elle a fait au cours de l'an passé est extraordinaire", estime Dan Smith, directeur de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). "Le changement climatique est un problème qui est étroitement lié à la sécurité et la paix", ajoute-t-il.

"Extrêmement improbable", juge toutefois le directeur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (Prio), Henrik Urdal, faisant valoir qu'elle est trop jeune et que le lien entre réchauffement et conflit armé reste à prouver.

Parmi les nobélisables sont aussi cités le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan de la réconciliation avec l'Erythrée, et des ONG comme Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le Comité Nobel norvégien a enregistré 301 candidatures cette année, mais il n'en révèle jamais l'identité.

La saison Nobel s'ouvrira avec les prix scientifiques (médecine, physique et chimie) et s'achèvera le 14 octobre avec celui d'économie, créé en 1968 pour célébrer les 300 ans de la Banque de Suède.

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