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Coronavirus: le secteur de l'horticulture au bord du gouffre

Coronavirus: le secteur de l'horticulture au bord du gouffre
Centre de production horticole, à Rungis, le 22 août 2014PATRICK KOVARIK

Des tonnes de plants détruits, invendus: l'horticulture, qu'elle soit ornementale ou légumière, va peiner à se remettre du coronavirus, alors que tous les points de vente sont fermés au moment même ou la filière réalise les trois-quarts de son chiffre d'affaires.

"80% des ventes se font en ce moment et ils ont dû tout détruire, c'est catastrophique", s'est alarmée la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, lundi dans une vidéo.

Une autre voix est montée au créneau mardi, celle de Christelle Morançais. Dans une lettre ouverte, la présidente des Pays-de-la-Loire, la principale région horticole de France, a demandé au ministre de l'Economie Bruno Le Maire l'aide de l'Etat "pour inciter les distributeurs à honorer leurs engagements".

"A ce jour", explique-t-elle, "les principaux acteurs de la grande distribution (à l'exception pour l'heure de Système U) annulent ou dégradent leurs commandes".

"Il est essentiel que le gouvernement obtienne des distributeurs l'engagement qu'ils honoreront leurs commandes auprès des producteurs horticoles, dont l'avenir dépend très largement d'eux", insiste-t-elle.

Dans l'autre grande région horticole, le Centre-Val de Loire, la "catastrophe" est déjà là. Et particulièrement dans le Loiret, qui concentre 1.000 emplois et la moitié de la production régionale.

"La filière horticole a un caractère unique, car nous réalisons entre 70% et 80% de notre chiffre d'affaires entre le 15 mars et la fin mai. Or, on ne peut plus vendre aux distributeurs" en raison des mesures de confinement, explique Jean-Marie Fortin, président de la Chambre d'agriculture du Loiret.

"Emballage, main d'oeuvre, plants, chauffage: tous les frais engagés dans la production sont déjà payés et on ne va rien vendre. Perdre 80% de son chiffre d'affaire en ayant payé ses charges, c'est exceptionnel", soupire-t-il.

"J'ai fait face à la tempête de 1999, à la grêle de 2014 et aux inondations de 2016, mais là, ça va avaler tous les fonds propres de l'entreprise. S'il n'y a pas une aide, les entreprises horticoles disparaitront dans six mois", assure le producteur de Saint-Denis-en-Val, près d'Orléans.

-Salades et tomates perdues-

"J'ai entendu le président de la République, donc je reste positif. Mais je crains les drames dans un mois, si rien n'a bougé", explique-t-il à propos des aides promises par l'Etat. "On voit bien que toute la saison va y passer. C'est toute une filière, ses 3.600 producteurs et 22.000 emplois, qui est à risque."

"C'est une catastrophe", renchérit Guillaume Gatelier, spécialisé dans les plants légumiers, particulièrement salades, tomates et fraises.

"On est dans le coeur de la saison avec la salade. On a des grosses séries de 80.000 semis qui arrivent toutes les semaines, qui ont été préparés en janvier et février. Tout est jeté", déplore-t-il. "Sur les fraises, on peut rattraper, mais pour les salades et les tomates, c'est perdu".

Et impossible de faire le dos rond et d'attendre le passage de l'épidémie de coronavirus: tout ce qui n'est pas vendu maintenant ne le sera pas plus tard.

"Si le confinement dure six semaines, c'est 50% du chiffre d'affaires qui part et qui ne sera pas rattrapé. On perdra alors toute notre trésorerie", prévient le producteur basé à Mézières-lès-Cléry (Loiret). "On espère les aides, si on n'en a pas, l'entreprise ne pourra pas repartir. Si les banques nous aident avec des crédits, ça sera seulement reculer pour mieux sauter."

Quant à l'après confinement, les horticulteurs y pensent déjà. Mais là encore, il ne sera pas sans difficulté. "Si la demande double en mai, on ne pourra pas suivre en volume", regrette Guillaume Gatelier.

Et encore, pour suivre un minimum la demande, "il faudrait que l'on puisse anticiper la fin du confinement au moins quatre semaines à l'avance".

"Aujourd'hui, on entretient les serres, on replante, mais c'est peut-être une erreur", confie Jean-Marie Fortin. "On va peut-être payer pour tout mettre à la benne".

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