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Crise à l'Académie suédoise: le parquet financier ouvre une enquête

Crise à l'Académie suédoise: le parquet financier ouvre une enquête
Une femme entre au Musée Alfred Nobel, situé dans l'immeuble de l'Académie suédoise, à Stockholm le 5 octobre 2017Jonathan NACKSTRAND

Après les moeurs, le porte-monnaie : l'Académie suédoise, ébranlée par des accusations de viols et d'autres agressions visant le mari français d'une immortelle ayant perçu de généreux subsides de l'institution, est désormais au coeur d'une enquête financière.

"Une enquête préliminaire pour délit financier dans un dossier lié à l'Académie suédoise a été ouverte par le procureur en chef Jan Tibbling", a annoncé vendredi l'Office suédois de lutte contre la délinquance économique et financière.

Le contenu de l'enquête est confidentiel, a-t-il ajouté.

Mais l'Académie, une institution créée en 1786 sur le modèle de l'Académie française et qui décerne le prix Nobel de littérature depuis 1901, a déjà donné quelques clés dans cette affaire.

Elle a notamment dit avoir remis aux enquêteurs les conclusions d'investigations internes sur le versement de subventions à Forum, un lieu d'expositions et de représentations fondé et dirigé par Jean-Claude Arnault, l'homme soupçonné des agressions sexuelles par qui le scandale est arrivé.

Ces subsides, a reconnu l'académie, violent ses propres règles sur la prévention des conflits d'intérêts puisque l'épouse de M. Arnault, l'académicienne Karatina Frostenson, possédait la moitié des parts dans Forum - qui a depuis fermé ses portes.

Ce rapport de 60 pages dont l'AFP a obtenu copie a été expurgé de son volet financier puisque celui-ci est à l'instruction et n'apporte donc aucune information éclairante à ce sujet.

Le document accable en revanche l'académie pour son silence coupable face aux allégations à l'encontre de Jean-Claude Arnault. Si les académiciens en exercice ont tous nié avoir eu vent des "agressions sexuelles" ou des "accusations d'agression" récemment révélées, il est constaté qu'"aucune mesure n'a été prise" après la réception d'une lettre de dénonciation en 1997 concernant déjà à l'époque le même genre de faits.

Le rapport conclut par ailleurs que rien ne permet de dire que M. Arnault ait pu les influencer dans le choix des prix Nobel.

Enfin, quant à savoir si, comme il en est soupçonné, Jean-Claude Arnault a "fuité" le nom de lauréats du prix Nobel, le rapport cite des articles de presse indiquant qu'un site internet de jeux de hasard avait dû suspendre ses paris avant le couronnement de Jean-Marie Gustave Le Clézio en 2008.

Il ne prend pas officiellement position sur les autres fuites présumées.

- Une autre académie touchée -

La crise remonte à novembre, en pleine campagne #metoo, lorsque le quotidien suédois de référence Dagens Nyheter a reproduit les témoignages de 18 femmes affirmant avoir subi des violences ou des faits de harcèlement sexuel de la part du Français.

L'Académie a en novembre rompu tout lien avec M. Arnault.

Le parquet criminel de Stockholm a annoncé mi-mars qu'une partie de l'enquête préliminaire ouverte contre lui avait été classée sans suite pour cause de prescription ou faute de preuves. Il s'agit de viols et d'autres agressions présumés commis en 2013 et 2015.

Les faits qui n'ont pas encore été classés n'ont pas été divulgués. Par la voix de son avocat, interrogé par l'AFP, Jean-Claude Arnault se dit innocent.

Selon la radio suédoise publique Sveriges Radio, l'Académie envisage de ne pas décerner le Nobel de littérature cette année.

La campagne #MeToo visant à dénoncer des agressions sexuelles, déclenchée par une succession d'accusations contre le magnat d'Hollywood Harvey Weinstein, a bouleversé toutes les franges de la société suédoise, l'un des pays du monde où l'égalité hommes-femmes semble la plus aboutie.

Professeurs, archéologues, médecins ou pompiers, près de 50.000 personnes, des femmes mais aussi des hommes et des membres de minorités sexuelles y ont pris la parole et fait campagne contre le harcèlement.

Autre institution touchée, l'Académie royale de musique a annoncé vendredi qu'un professeur accusé d'agressions avait démissionné pour "préserver la réputation" de cette école.

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