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Dans le Nord, une boutique vendant des produits à base de cannabis suscite intérêt et interrogation

"Est-ce que ça permet de soulager l’arthrose?" A Annoeullin, près de Lille, les clients défilent dans une toute nouvelle boutique vendant des produits à base de cannabis, en plein débat sur son utilisation légale pour apaiser les douleurs.

Depuis le 18 mai, ce magasin propose du CBD (Cannabidiol) qui aurait le pouvoir de "soulager l'arthrose", "réduire l'anxiété" ou encore "les tremblements de la maladie de Parkinson" d'après une plaquette publicitaire.

Cette substance peut s'acheter sous diverses formes: en cristaux ou en huile qu'on fait fondre sous la langue, en liquide à vapoter ou bien en infusion. "Vous avez tous les bons effets sans la défonce car il n'y a pas de THC", le principe actif aux effets psychotropes, plaide auprès des clients Eloïse Masselot, vendeuse, qui tenait auparavant un magasin de vêtement dans ce même lieu.

La Direction générale de la santé (DGS) souligne qu'"aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée notamment par les fabricants, vendeurs de produits, contenant du CBD". Et certaines publicités entretiennent "une confusion entre le cannabis et le CBD et font ainsi la promotion du cannabis", une pratique susceptible "de constituer l'infraction pénale de provocation à l’usage de stupéfiant".

Nonobstant cette mise en garde, Caroline, la cinquantaine, est venue de Lille car sa mère, 80 ans, "a des douleurs qu'elle n'arrive pas à soigner".

"Elle avait des réticences: je lui ai dit que ce n'était pas de la drogue et qu'apparemment ça donne de très bons résultats. On va bien voir!", s'enthousiasme-t-elle, signant un chèque de près de 200 euros pour un traitement en cristaux, trois fois par jour pendant un mois.

Tatoué et les muscles saillants, Julien, 33 ans, respire les petits flacons sur le présentoir où sont disposés les fleurs de cannabis à infuser. "Ca sent carrément la weed!", s'exclame ce fumeur occasionnel, habitué à se fournir aux Pays-bas.

Sa compagne se plaignant aussi de douleurs à l'estomac, il opte pour des fleurs d'infusion à 50 euros les 2,5 grammes, soit environ un litre.

- Cultivée en Suisse -

Avant de partir, il demande la provenance de la marchandise à la vendeuse, qui dit recevoir des clients de Paris ou de Rouen.

"On la cultive en Suisse, car en France, on peut la vendre mais pas la cultiver. On plante des graines spéciales", répond Mme Masselot, à côté d'un grand poster d'un Pablo Escobar souriant. Soucieuse de rester dans le cadre de la loi, elle prévient les clients qu'il n'est pas légal "de la fumer" et qu'il faut l'infuser, réfutant tout risque d'addiction.

Fin mai, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a ouvert le débat sur l'utilisation du cannabis sur la santé reconnaissant un "retard" de la France sur d'autres pays ayant autorisé son usage à des fins médicales. Dans la petite boutique, des clients demandent d'ailleurs si ces produits sont remboursés par la "Sécu".

Benjamin, la trentaine, fumeur d'herbe, veut "trouver un substitut". "Certaines personnes, qui veulent arrêter de fumer, passent de la cigarette à la vapoteuse. Moi, je veux essayer la même chose en passant de l'herbe au CBD, pour réduire les doses", plaide-t-il.

La vendeuse accroche une carte de visite au petit sachet vendu. "Si vous vous faites arrêter (par la police), montrez leur la carte du magasin. Ils peuvent saisir la marchandise pour l'analyser mais après ils vous la rendront. Vous serez négatifs en cas de test salivaire", ajoute-t-elle.

La première boutique de ce type a ouvert à Besançon, en octobre. "Depuis l'ouverture, c’est l'effervescence. D’ici fin juin, nous ouvrirons une vingtaine de franchises sous notre nom, à Paris, Strasbourg, Orléans ou encore Lyon", se réjouit Elodie Marchon, propriétaire de la "maison mère" de Besançon.

A Annoeulin la nouvelle boutique ne passe pas inaperçu. "L'ouverture du magasin fait sacrément causer. On appelle la vendeuse +la marchande de joints+", souffle un commerçant.

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