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En prison, grand débat sans filtre avec la ministre de la Justice

En prison, grand débat sans filtre avec la ministre de la Justice
La ministre de la Justice Nicole Belloubet, le 30 janvier 2019 à ParisLUDOVIC MARIN

Ils parlent bracelet électronique, droit de vote, train de vie des élus, voitures électriques. Une cinquantaine de détenus de la prison d'Avignon, peu habitués à ce qu'on leur donne la parole, ont participé vendredi à un grand débat très concret et sans filtre avec la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Dans le gymnase du centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet, entre cages de hand, mur d'escalade et sac de frappe pour la boxe, les détenus ont discuté pendant près de deux heures, sous la surveillance discrète des gardiens, avec la garde des Sceaux accompagnée de la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon assises face à eux.

Les questions sur les deux thèmes retenus, la transition écologique et la citoyenneté, sont directes, concrètes. "Vous encouragez l'achat de véhicules électriques qui coûtent cher au peuple, on le voit avec +les gilets jaunes+ les gens n'ont pas d'argent, mais pourquoi vous n'obligez pas les constructeurs à fabriquer des voitures avec moins de cylindrées pour économiser le carburant ?", se lance l'un d'eux, micro en main.

"Il faudrait éviter les emballages encombrants et inutiles. En cellule, on s'en rend encore plus compte car ça prend de place", relève un autre. "Et puis, vous taxez les gens qui n'ont pas beaucoup d'argent mais vous autorisez Total à faire des forages en Guyane ?", interroge un troisième qui, à l'image des autres prisonniers présents, suit de très près l'actualité.

Au détour des préoccupations environnementales, les questions concernant la vie en prison émergent et le sentiment d'être encore moins entendu que le reste de la population est partagé. "Vous nous faites exister en venant nous voir, merci", dit un jeune détenu à la ministre qui promet que leurs propositions seront étudiées comme celles des autres débats pour "permettre aux parlementaires de fixer des directions".

"En prison vous croyez quoi ? Qu'on est mort ?", poursuit le jeune homme qui l'interpelle aussi sur l'absence de prise en charge des handicapés détenus.

- "Beaucoup de choses à dire" -

De l'autre côté de la salle, un grand gaillard d'une trentaine d'années qui déplore "le manque de transparence", n’hésite pas à demander à la ministre le montant de son salaire: "1.200 euros ?", croit-il entendre. "Non, 8.200 euros", le reprend Nicole Belloubet qui ne peut réprimer un sourire. Bien décidé à garder le micro, il dénonce une "justice à deux vitesses" et demande l’incarcération d'Alexandre Benalla, l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron. Il est aussitôt applaudi par la salle, de plus en plus à l'aise.

Plusieurs prisonniers soulignent à leur tour qu'il faudrait rétablir le service militaire et les maisons de correction pour les mineurs, mais aussi développer le bracelet électronique au lieu de l'emprisonnement. Certains souhaiteraient rendre le vote obligatoire, déplorant à ce sujet qu'il soit si difficile pour eux de le faire. Une situation qui devrait changer avec le projet de réforme de la justice qui prévoit l'installation d’isoloirs en prison, assure la ministre.

Le débat est dense. De plus en plus de doigts se lèvent pour prendre la parole, mais la Garde des Sceaux doit partir et se trouve vite encerclée par les détenus qui souhaitent prolonger la discussion. "C'est allé trop vite, on n'a pas eu le temps de tout dire, on a beaucoup de choses à dire, tellement on nous donne peu l'occasion de s'exprimer", déplore un jeune détenu.

"C'est extrêmement important que tout le monde puisse s'exprimer", déclare en sortant Mme Belloubet relevant que "ce sont des thématiques finalement extrêmement semblables aux autres débats" qui ont été évoquées.

Comme à Avignon, l'ensemble des établissements pénitentiaires ont été invités à s'organiser pour la tenue d'un débat, en cas de demande des détenus, d'ici le 15 mars date de la fin de la consultation.

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