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L'objectif zéro émission nette est un dangereux moyen de diversion, estime Oxfam

 
 

(Belga) À moins de 100 jours de la Conférence des Nations Unies sur le climat à Glasgow, les gouvernements et les entreprises doivent accorder beaucoup plus d'importance à une réduction drastique et rapide des émissions de carbone à court terme. Au stade actuel, l'objectif zéro émission nette constitue un moyen dangereux de faire diversion face à cet impératif de réduction, affirme l'organisation humanitaire Oxfam dans un rapport publié mardi.

Selon l'ONG, les objectifs climatiques "zéro émission nette", qui reposent sur l'utilisation de vastes étendues de terres dans les pays à faible revenu, pourraient entraîner une hausse de 80% du prix des denrées alimentaires et une aggravation de la faim dans le monde, tout en permettant aux pays riches et aux entreprises de fuir leurs responsabilités climatiques. Dans son nouveau rapport publié mardi, Oxfam affirme qu'il faudrait planter au moins 1,6 milliard d'hectares de forêts, soit l'équivalent de cinq fois la superficie de l'Inde, afin d'éliminer les émissions de carbone dans le monde et ainsi atteindre l'objectif "zéro émission nette" d'ici 2050 à partir de la seule utilisation des terres. Intitulé "Pas si net" le rapport d'Oxfam révèle que nombre de gouvernements et d'entreprises fuient leurs responsabilités climatiques en s'appuyant sur des méthodes de "captage et de stockage du carbone" peu fiables, non éprouvées et irréalistes pour prétendre atteindre l'objectif "zéro émission nette" en 2050. "Les objectifs zéro émission nette annoncés par les gouvernements et les entreprises reposent sur la plantation massive et totalement démesurée d'arbres sur de vastes étendues de terres, essentiellement dans les pays à faible revenu. Or, il est mathématiquement impossible de planter suffisamment d'arbres pour atteindre ces objectifs, car il n'y a tout simplement pas suffisamment de terres", a dénoncé Oxfam.   Selon l'organisation non gouvernementale, pour limiter le réchauffement à moins de 1,5 °C et prévenir les dommages irréversibles causés par le changement climatique, il faudrait que le monde soit en bonne voie pour réduire de 45% les émissions de carbone d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010, les coupes les plus franches incombant aux plus grands émetteurs. Or, les plans mis en ?uvre aujourd'hui par les pays ne permettront de réduire les émissions que de 1% environ à l'échelle mondiale d'ici à 2030. La crise climatique a d'ores et déjà des conséquences désastreuses pour l'agriculture. Elle entraîne en outre une aggravation des crises humanitaires, de la faim et des migrations. Cette crise sape tous les efforts déployés - notamment par Oxfam - pour lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. Oxfam a ainsi récemment estimé que le prix des produits alimentaires a augmenté de 40% à l'échelle mondiale au cours de l'année écoulée. En conséquence, 20 millions de personnes supplémentaires vivent désormais dans des conditions catastrophiques proches de la famine. Si elles sont déployées à grande échelle, les méthodes de stockage du carbone reposant sur l'utilisation des terres, telles que la plantation massive d'arbres, sont susceptibles d'entraîner une flambée des prix alimentaires mondiaux, de l'ordre de 80% d'ici 2050. La Belgique, elle, prévoit de porter la part des biocarburants dans les transports belges à 14% en 2030, alors qu'elle était de 5,5% en 2017. "Ce faisant, elle profite du laxisme des directives européennes qui considèrent qu'elle réduit ainsi ses émissions. Vu que la Belgique produit à peine 3% des agrocarburants qu'elle consomme sur son sol, ce sont les pays à faible et moyen revenu qui en subiront les effets néfastes", a souligné l'ONG. Si des objectifs "zéro émission nette" sont utilisés, ceux-ci doivent être mesurables, transparents et donner la priorité à une coupe franche des émissions d'ici 2030, a conclu Oxfam. (Belga)


 




 

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