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L'optique, un secteur secoué par des "mouvements tectoniques" mondiaux

L'optique, un secteur secoué par des
Fusion Essilor-Luxottica, percée du commerce en ligne, lunettes connectées, le secteur de l'optique est secoué par des "mouvements tectoniques" mondiauxFred TANNEAU

Fusion Essilor-Luxottica, percée du commerce en ligne, lunettes connectées... Dominique Cuvillier, spécialiste du marché de l'optique, analyse pour l'AFP ces "mouvements tectoniques" à l'échelle mondiale, alors que s'ouvre vendredi le salon international du secteur Silmo, jusqu'à lundi à Villepinte (Seine-Saint-Denis).

Q: En quoi la fusion Essilor-Luxottica va transformer le secteur?

R: "Déjà compte tenu du poids de ces deux acteurs pris ensemble, environ 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires, pour un marché mondial de l'optique d'environ 95 milliards d'euros. Aujourd'hui aucun groupe n'est capable de concurrencer Essilor-Luxottica, qui combine une double compétence: le leader mondial des verres ophtalmiques et un des leaders mondiaux des montures haut de gamme, lequel dispose par ailleurs de plusieurs réseaux de magasins. Ils vont avoir envie de gérer toute la chaîne de valeur jusqu'au consommateur final.

Il va aussi y avoir une bataille très forte au niveau des licences de marques. Kering notamment veut devenir un acteur de poids dans l'optique: il a récupéré les lunettes Cartier et la licence Azzedine Alaïa dans le périmètre du groupe Richemont. Quant à LVMH, il s'est associé au producteur italien de lunettes Marcolin. Les groupes de luxe veulent s'approprier le savoir-faire dans ce secteur, et certaines marques prestigieuses veulent gérer elles-mêmes la distribution sélective de ces produits - comme Dior par exemple (groupe LVMH, NDLR) qui a ouvert son premier magasin d'optique à Paris, et qui n'en restera pas là.

Du côté des verres, les autres acteurs (comme l'allemand Zeiss ou le japonais Hoya, NDLR) auraient tout intérêt à trouver des synergies du même type qu'Essilor-Luxottica. Et il faudra tenir compte de la sensibilité des distributeurs, qui se font forts de ne pas être vampirisés par un fabricant unique et qui développent parfois leurs marques propres. Toutes les enseignes réfléchissent à des effets volumes, notamment pour faire baisser les coûts. On va aussi assister à une concentration dans la distribution.

Q: Où en sont le commerce en ligne et l'impression 3D dans l'optique?

R: "Le développement des ventes de e-commerce dans le secteur a été bloqué en partie par la distribution, qui ne voulait pas de ce concurrent. Mais Essilor se développe beaucoup dans ce segment avec des acquisitions dans le monde entier. Aux Etats-Unis ou en Angleterre les ventes en ligne représentent déjà 10-15% du marché.

Des acteurs comme l'américain Warby Parker, les français Polette et Jimmy Fairly se sont installés de manière extrêmement discrète mais ont pris des parts de marché significatives grâce au +phygital+ (modèle combinant ventes en ligne et boutiques physiques d'essayage, NDLR). Ce sont de nouveaux entrants qui partent du point de vue du client: ils sont très soucieux du design, avec des collections courtes et pas chères car produites en Chine. Ils visent généralement les 25-40 ans, des citadins un peu branchés qui n'ont pas forcément envie de porter des lunettes griffées, mais qui recherchent des montures de caractère, dans l'air du temps.

L'impression 3D permet de faire des lunettes sur-mesure, totalement adaptées à la morphologie, donc avec un confort absolu et un prix acceptable. Mais ce n'est pas encore un mouvement massif: les fabricants impriment en 3D pour l'instant des lunettes standardisées, et beaucoup d'opticiens se sentent menacés par cette technologie. Pourtant comme pour le +phygital" dans la distribution, l'impression 3D apporterait une valeur ajoutée supplémentaire à la filière".

Q: Les lunettes connectées vont-elles trouver leur public?

R: "Les premières lunettes connectées sont plutôt des flops commerciaux et aujourd'hui on en est encore au stade du gadget. Mais il va se passer dans l'optique ce qu'il s'est passé pour les montres connectées. Quand la première Apple Watch est sortie, les horlogers ont ignoré le phénomène. Mais par crainte de perdre des clients, ils s'y mettent aussi: Tag Heuer par exemple a sorti sa propre montre connectée.

Il faut que les acteurs de l'optique soient très vigilants, sinon ce segment va leur échapper et être préempté par des acteurs hors du sérail, comme Apple qui a un poids de marque considérable et qui mise beaucoup sur la santé. Et pourquoi pas un jour Amazon, qui se développe dans tellement de domaines différents".

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