Le controversé professeur Joyeux plaide sa cause pour éviter la radiation

Le controversé professeur Joyeux plaide sa cause pour éviter la radiation
Le professeur Henri Joyeux en novembre 2017STEPHANE DE SAKUTIN
Enfants

"Lanceur d'alerte" ou praticien coupable d'avoir "mis en danger la santé publique" en contestant certains vaccins? Après une audience disciplinaire jeudi, le controversé professeur Henri Joyeux saura dans quelques semaines s'il est radié de l'Ordre des médecins.

"J'ai passé pas mal d'épreuves orales dans ma vie médicale, mais c'est la plus importante", a-t-il déclaré jeudi pour sa défense, en confessant "une certaine émotion après 46 ans de pratique".

Le professeur montpelliérain de 72 ans avait été radié en première instance le 8 juillet 2016 par la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon mais avait fait appel et la sanction avait été suspendue.

C'est cet appel qu'a examiné la chambre disciplinaire nationale lors d'une audience présidée par une Conseillère d'Etat, Hélène Vestur. La décision devrait être connue d'ici trois à six semaines.

Le Conseil de l'Ordre reproche au professeur Joyeux d'avoir "mis en danger la santé publique (...) en faisant douter davantage la population de l'intérêt de la vaccination", selon son représentant, le docteur Jean-Marcel Mourgues.

En cause, deux pétitions publiées sur internet en septembre 2014 et mai 2015 par ce professeur cité en exemple par les anti-vaccins et contesté par une large partie de la communauté médicale.

La première s'élevait contre une recommandation du Haut conseil de la santé publique, jamais suivie par le gouvernement, préconisant d'abaisser de 11 à 9 ans l'âge de la vaccination contre le papillomavirus pour les filles.

La seconde fustigeait le remplacement du vaccin DTPolio trivalent (c'est-à-dire protégeant contre trois maladies, la diphtérie, le tétanos et la polio) par un vaccin hexavalent (protégeant contre six affections).

En première instance, le professeur Joyeux était de son propre aveu venu "les mains dans les poches". En appel, il s'est adjoint les services d'un avocat, Me Jean-François Jésus.

"Il a fait le choix d'un défenseur dont le patronyme peut amuser, mais j'ai eu le sentiment d'une excommunication, d'une crucifixion avec cette radiation", a assuré l'avocat, dont le client a présidé de 2001 à 2013 l'association réputée conservatrice "Familles de France".

- "Monstre" -

Lors d'une plaidoirie de trois quarts d'heure, Me Jésus s'est appliqué à démontrer que le professeur Joyeux, qui s'est d'abord fait connaître du grand public par des conseils de diététique, n'était pas opposé à la vaccination.

"Il n'est pas anti-vaccin, il est contre les excès", a affirmé l'avocat, en ironisant sur "le monstre dont les vrais anti-vaccins disent qu'ils le trouvent mou".

Pour lui, les propos du professeur Joyeux relèvent de "la liberté d'expression".

A l'inverse, le Conseil de l'Ordre a jugé que le praticien s'était "exprimé en connaissance de cause dans un contexte de méfiance" envers la vaccination.

"Le professeur Joyeux se défausse en disant qu'il n'est pas responsable de cette défiance", a dit le docteur Mourgues, en citant une étude internationale de 2016 selon laquelle 41% des Français pensent que les vaccins ne sont pas sûrs.

Autre grief émis lors de sa courte intervention: "Si le professeur Joyeux a le droit d'exprimer une position personnelle, il devait préciser qu'elle n'est pas validée par la communauté scientifique".

L'un des chevaux de bataille de Henri Joyeux, comme de tous les anti-vaccination, est la présence d'aluminium comme adjuvant dans certains vaccins. Il pense que cela peut provoquer des maladies, ce qui n'est corroboré par aucune étude.

Les adversaires du professeur estiment qu'il n'est pas qualifié en matière vaccinale, car il est spécialiste en chirurgie viscérale et en cancérologie. Un argument qu'il balaie: "Le cancer, cela suppose des compétences en immunologie. Je ne suis pas qu'un bistouri".

Le conseil départemental de l'Ordre de l'Hérault s'est joint à son appel, en jugeant sa radiation "disproportionnée" et "vexatoire" vu son âge.

Retraité depuis 2014, le professeur Joyeux dit "continuer à consulter bénévolement à (son) domicile": "J'ai prêté le serment d'Hippocrate en 1972, j'y resterai fidèle jusqu'à mon dernier souffle".

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