Le gouvernement derrière Hulot pour sauver la biodiversité

Le gouvernement derrière Hulot pour sauver la biodiversité
Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, le 3 juillet 2018 à l'Assemblée nationale.Eric FEFERBERG

Le gouvernement s'est engagé mercredi à répondre à l'"urgence" de la disparition accélérée de la biodiversité, se fixant de grands objectifs qui demanderont à être concrétisés, dans un plan déjà critiqué pour son manque de moyens.

Pour signifier l'ampleur de l'engagement, le Premier ministre a réuni mercredi une partie du gouvernement au Muséum d'histoire naturelle pour adopter ce plan de protection des espaces naturels et des espèces.

Abeilles décimées, campagnes vidées de leurs oiseaux, insectes volatilisés, espaces naturels grignotés... Le constat d'un déclin accéléré du monde du vivant est sans appel.

"Le rythme actuel d'extinction des espèces est sans équivalent depuis la fin des dinosaures il y a 65 millions d'années", souligne le Premier Edouard Philippe dans le dossier remis à la presse, s'inquiétant de la "disparition silencieuse" des oiseaux ou des insectes pollinisateurs en France.

Au coeur des dizaines de mesures, à l'esprit plus incitatif que contraignant, figurent la gestion des plastiques, la réduction de l'artificialisation des sols, le rôle des agriculteurs.

Alors que la France perd l'équivalent d'un département comme la Loire-Atlantique tous les dix ans en espaces naturels et agricoles, le gouvernement se fixe l'objectif de zéro artificialisation nette. Ce qui veut dire compenser chaque surface bétonnée ou goudronnée par la même surperficie rendue à la nature ailleurs. Mais l'échéance pour cet objectif doit encore être discutée, avec les collectivités locales notamment .

"L'apogée des grandes surfaces démesurées est derrière nous", assurait Nicolas Hulot dans un entretien au Parisien de mercredi.

Le gouvernement va aussi débloquer 150 millions d'euros d'ici 2021 pour aider les agriculteurs agissant pour restaurer les milieux: haies, mares...

Pour les océans, le plan prévoit de "supprimer progressivement" les produits en plastique à usage unique trouvés le plus fréquemment sur les plages. L'interdiction des sacs en plastique ou des cotons-tiges est déjà décidée, celle des pailles ou des touillettes votée par le Sénat il y a quelques jours sera soutenu par le gouvernement.

- "effondrement" -

Hulot veut agir avec la biodiversité comme avec le climat: mobiliser toutes les strates de la société sur ce thème, citoyens, élus mais aussi entreprises.

La défense de la faune et de la flore passera par la création ou l'extension de 20 réserves nationales d'ici la fin du quinquennat, financées par le gouvernement.

Autre mesure, un plan, dès cette année, pour protéger les cétacés du risque d'échouage ou de capture accidentelle.

Edouard Philippe lui-même raconte depuis quelque temps que "l'effondrement" des sociétés est devenu pour lui une "question assez obsédante", depuis sa lecture du best-seller éponyme de Jared Diamond.

Pour "enrayer la disparition silencieuse de la biodiversité", le plan réaffirme l'interdiction du glyphosate dans ses principaux usages d'ici 2021 et pour tous usages d'ici 5 ans. Comme prévu depuis la loi de 2016, le recours aux pesticides néonicotinoïdes sera prohibé au 1er septembre (avec dérogations possibles).

Au total, le gouvernement chiffre à 600 millions d'euros sur quatre ans les crédits "supplémentaires" pour financer ce plan, dont 250 millions pour un vaste champ allant de la restauration des milieux au développement de la nature en ville, en passant par la lutte contre le plastique. Mais certaines de ces sommes étaient déjà connues.

"Pour un projet ambitieux, il faut des moyens et du courage", a déploré auprès de l'AFP le président de la Ligue pour la protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg. "On va gratter 100 millions ici, 30 millions là..., on voit bien qu'il n'y a pas de volonté de mettre les moyens", a-t-il ajouté, assurant ne pas voir "d'initiatives nouvelles" par rapport aux engagements de précédents gouvernements.

La biodiversité n'en est pas à son premier "plan": il y a eu la stratégie nationale 2011-2020 avec ses 20 objectifs, les conférences environnementales des années Hollande, la loi pour la reconquête de la biodiversioté de 2016... Et en parallèle le processus de négociations au niveau international.

A chaque fois, les diagnostics sont posés, des mesures annoncées, dont certaines mises en oeuvre plus vite que prévu comme l'interdiction des pesticides dans les espaces publics.

Quand le gouvernement annonce une "pause" dans les grands projets d'infrastructures et abandonne Notre-Dame-des-Landes, il soutient en même temps la rocade ouest de Strasbourg, ou le mégacomplexe commercial EuropaCity près de Paris.

Or, la nature, indispensable à la survie de l'humanité perd en espèces et en espaces. Et le mouvement s'accélère.

Pour les défenseurs du vivant, il faut engager un changement radical de modèles, agricoles comme urbanistiques, et de profondes réformes, fiscales notamment.

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