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Le rugby dans la peau, la lente renaissance de Romain Carlier

Il a frôlé la mort, le rugby l'a "relevé". A 29 ans, Romain Carlier, grièvement brûlé lors d'un accident du travail, s'accroche à l'ovalie pour se reconstruire, au prix d'une résilience acharnée.

L'équilibre encore chancelant, le jeune homme transpire, muscles gainés, en soulevant des haltères dans une salle de boxe à Compiègne (Oise).

Sa vie bascule le 25 avril 2017, sur un chantier où il est intérimaire, lorsque la benne d'un camion lâche et lui déverse sur le corps sept tonnes d'enrobé bitumeux à 180°C. En quelques secondes, le mélange bouillant le dévore. "J'avais du goudron des pieds jusqu'aux pectoraux. Je me suis dit: +Ca y est, je suis mort+", se souvient l'ancien arrière du Rugby club Compiégnois (RCC, Fédérale 3).

Après un mois et demi de coma, il se réveille à l'hôpital militaire Percy, près de Paris, brûlé sur 55% du corps, en majorité au troisième degré.

"Quand j'ai vu mon corps tout violet, c'était très dur. Je me disais: +Pourquoi moi?+", confie-t-il à l'AFP. Intubé et alimenté par sonde, il sera amputé de deux doigts et perdra 43 kg, la moitié de son poids.

Les médecins "ont prélevé de la peau saine et l'ont étalée pour recouvrir les surfaces brûlées", raconte-t-il. En deux ans, il subit 29 opérations. "Le personnel médical m'a fait prendre conscience que j'étais un miraculé."

- "Une grande famille" -

Une période douloureuse avant un lent retour à la lumière, retracé dans un livre "Ne sifflez pas la fin, le match de ma vie". "Je voulais faire passer le message que, même au plus bas, on peut toujours se relever si on s'en donne les moyens", explique Romain, grand gaillard aux cheveux châtains, regard malicieux et sourcils arqués.

Son survêtement laisse entrevoir ses bras et ses jambes marquées par les cicatrices mais son visage est indemne. "J'ai de la chance dans mon malheur car mon identité est toujours là", dit-il en souriant.

Sans le rugby, passion qui l'anime depuis l'âge de sept ans, sa reconstruction aurait été impensable.

"C'est sa musculature qui a permis les greffes nécessaires sur ses jambes. Sans cela, il mourait", résume la journaliste Clémence Outteryck, qui a co-écrit le livre.

A travers son club et ses camarades, le monde du rugby se mobilise. Romain reçoit des dizaines de visites, de messages et de photos, "jusqu'au Kenya et en Afrique du Sud". Et même une vidéo où une vingtaine de joueurs professionnels s'adressent à lui, dont l'international anglais Jonny Wilkinson.

"J'étais en larmes. Je me suis dit: +je ne suis personne, et toutes les stars de mon enfance me soutiennent+", raconte-t-il, ému, même si la mobilisation ne le surprend pas. "Le rugby, c'est une grande famille".

- "Dans mes veines" -

"Ces images m'ont boosté. J'ai pensé +si eux croient en moi, pourquoi pas moi+?" Revenir sur un terrain devient alors son "objectif ultime". "C'est mon sport, il coule dans mes veines. Même si ça doit prendre des années, je sais que je remettrai les crampons."

"C'est un travailleur acharné", doté "d'énormes qualités physiques", confirme Youssef Mourtafi, son ami et ex-entraîneur qui le suit depuis ses 13 ans. Il évoque un "garçon super attachant, capable de tout donner".

Avant lui, d'autres rugbymen -comme le Toulousain Tony Moggio, devenu tétraplégique ou l'ex-professionnel Aristide Barraud, grièvement blessé lors des attentats du 13 novembre 2015- se sont accrochés au sport pour ne pas sombrer.

Touché par l'histoire de Romain, l'ancien international Damien Traille, qui a écrit la préface de son livre, se dit "admiratif de son courage et de sa détermination". "J'espère qu'il rejouera. Je suis persuadé qu'il a le mental pour le faire", glisse-t-il.

En attendant, Romain enchaîne les séances de kinésithérapie et les procédures administratives. Il n'a aucune nouvelle de l'enquête.

Son club l'a nommé entraineur des trois quarts de l'équipe junior. Une première étape, sans précipitation. "Avec mon corps qui décide à ma place, j'ai appris à vivre au jour le jour."

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