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Le Samu en question après le drame de Strasbourg

Le Samu en question après le drame de Strasbourg
Des membres de la famille de Naomi Musenga, décédée en décembre 2017 après un appel au Samu pris à la légère, répondent aux questions de la presse le 10 mai 2018FREDERICK FLORIN

Erreur humaine ou carence d'un système ? Le drame survenu au Samu de Strasbourg pose de manière aiguë la question du fonctionnement du Service d'aide médicale d'urgence, qui prend en charge 30 millions d'appels de secours chaque année.

Révélée il y a peu, la mort le 29 décembre d'une femme de 22 ans, peu après une conversation avec une opératrice du Samu qui n'a pas pris au sérieux ses douleurs, bouleverse l'opinion et les personnels de santé.

Dans l'urgence, la ministre de la Santé Agnès Buzyn doit recevoir lundi après-midi les représentants professionnels et syndicaux des médecins urgentistes. Objectif: évoquer "les conditions inacceptables" du décès de Naomi Musenga et "les améliorations nécessaires à apporter au fonctionnement du Samu", précise un communiqué.

L'enquête administrative, confiée à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), doit débuter lundi. En parallèle, une enquête judiciaire a été ouverte.

Si ces investigations doivent éclaircir les circonstances du drame, elles devraient aussi déboucher sur des mesures pour "réformer" le Samu, service "sur-saturé", selon des professionnels.

"Nous sommes face à la gestion d'un très grand système qui doit sauver des vies, prendre en charge des urgences graves. Or, comme il est sur-saturé d'activité, beaucoup de gens qui y travaillent banalisent l'urgence", explique à l'AFP Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Pour lui, "il faut le réformer et lui donner les moyens de travailler", avec "plus de capacités" humaines, car, dans certaines plateformes, les permanenciers ne sont pas assez nombreux face aux appels.

"Par appel, il faut compter au moins 2 à 4 minutes pour poser quelques questions et renseigner le dossier informatique. Au-delà de 20 appels par heure, ça ne va pas", explique à l'AFP François Braun, président de Samu-urgences de France, pour qui "les moyens en assistance de régulation n'ont pas suivi la hausse des appels".

- "Stress" -

Hôpitaux, services d'urgences, Ehpad... Aucun service de santé n'a échappé ces derniers mois à la grogne des soignants, mobilisés pour plus de moyens.

"Nous avons passé un hiver très rude, que ce soit le Samu ou les services d'urgences. Nous avions lancé plusieurs alertes à notre direction et aux pouvoirs publics, nous sommes submergés", a dit sur BFMTV Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste au CHU de Strasbourg, délégué local de l'Association des médecins urgentistes de France.

Des syndicats ont regretté samedi qu'aucun représentant syndical des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), ni des branches santé des syndicats nationaux n'ait été convié à la réunion avec Mme Buzyn.

"C'est facile de choisir ses organisations syndicales", a critiqué Christian Prudhomme, secrétaire général de FO aux HUS, craignant que les participants ne se mettent d'accord pour faire porter la responsabilité seulement sur l'opératrice du Samu.

La formation des Assistants de régulation médicale (ARM), qui décrochent les appels, est au cœur des discussions.

"C'est un travail exigeant, difficile, qu'on défend parce qu'on croit au service public. Mais il n'y a pas de critères de sélection, certains sont formés dans des écoles, d'autres par des associations ou sur le tas", détaille M. Pelloux.

En 2017, un rapport du Sénat sur les urgences avait notamment jugé leur formation "insuffisante" au regard des missions, rappelle M. Braun. Il demandera lundi à la ministre une formation "améliorée, plus longue et reconnue dans un métier de santé".

Les ARM, souvent des femmes, "se trompent rarement. Elles ont l'habitude de ce qu'elles font", temporise Elisabeth Mauviard, médecin généraliste en Normandie, en charge de permanences de soins au Samu de son département.

"Là, il a pu y avoir une erreur d'aiguillage", car "à partir du moment où la patiente dit très clairement +je vais mourir+, elle aurait dû pouvoir parler à un médecin", estime-t-elle.

Pour elle, le problème n'est pas tant la formation que la gestion d'un travail "très stressant", lors de "vacations trop longues, de dix ou douze heures", ponctuées de "nombreux appels malveillants, qui font perdre un temps précieux".

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