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Les "Oscars de la science", version riche du prix Nobel dans la Silicon Valley

Neuf scientifiques internationaux dont un mathématicien français ont reçu mercredi un "Breakthrough Prize", récompense dotée de trois millions de dollars et lancée il y a six ans par des entrepreneurs de la Silicon Valley pour rétablir le prestige de la la recherche fondamentale.

Physique fondamentale, sciences de la vie et mathématiques: six hommes et trois femmes au total ont remporté un prix, dont quatre chercheurs qui se partagent deux prix, les cinq autres recevant chacun trois millions. A comparer aux 9 millions de couronnes norvégiennes des prix Nobel --soit environ un million de dollars-- souvent partagés par deux ou trois lauréats.

L'annonce des lauréats de cette septième édition depuis 2012 a été faite mercredi, et une cérémonie avec tapis rouge et vedettes de la musique et d'Hollywood, présentée par l'acteur Pierce Brosnan, aura lieu le 4 novembre dans le centre de recherche de la Nasa dans la Silicon Valley.

Parmi eux, le chercheur français en mathématiques pures au CNRS Vincent Lafforgue, 44 ans, soudainement propulsé dans un univers de paillettes. "Je me prête au jeu, c'est la culture américaine...", a-t-il dit à l'AFP.

Le milliardaire russe pionnier d'internet Yuri Milner a cofondé le prix pour tenter de transformer les chercheurs en vedettes, afin de repopulariser le rôle de la recherche fondamentale et défendre les investissements publics.

Le créateur de Facebook Mark Zuckerberg et son épouse Priscilla Chan; le cofondateur de Google, Sergueï Brin; Anne Wojcicki, fondatrice du site de génétique 23andMe; ainsi que Ma Huateng, patron du géant de l'internet Tencent, sont les autres parrains du prix.

"Breakthrough" signifie "percée", et il ne faut pas forcément rechercher d'applications concrètes des travaux récompensés. Contrairement au Nobel, dont les lauréats sont parfois à la retraite, le prix s'intéresse à des découvertes récentes.

- Beauté de la recherche -

"On fait de l'arithmétique pour la beauté, mais pas pour les applications", explique Vincent Lafforgue, tout en soulignant qu'il y a des applications dans la cryptographie.

Lui-même s'est intéressé à plusieurs sujets au cours de sa carrière, grâce à la liberté procurée par un poste permanent au CNRS, note-t-il: "même les Normaliens ont du mal à avoir des postes de recherche aujourd'hui".

"Les objets mathématiques que nous étudions possèdent des beautés et une harmonie qui malheureusement s'expliquent difficilement aux non-mathématiciens", ajoute le mathématicien.

Cinq chercheurs, tous basés aux Etats-Unis, ont remporté des prix de sciences de la vie, choisis comme les autres par un comité de sélection de pairs.

Deux ont découvert un processus lié à l'ADN ayant conduit à un médicament contre une maladie génétique infantile rare, l'amyotrophie spinale (Frank Bennett et Adrian Krainer). La Chinoise Xiaowei Zhuang (Harvard), décrite comme une "enfant prodige", a développé un nouvel outil d'imagerie moléculaire. Zhijian "James" Chen (Université du Texas), né aussi en Chine, est primé pour la découverte d'une enzyme qui repère l'ADN et pourrait être associée à des maladies auto-immunes.

Au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), la biologiste autrichienne Angelika Amon, arrivée de Vienne aux Etats-Unis en 1994, a été récompensée pour ses découvertes sur l'aneuploïdie: quand une cellule n'a pas le nombre normal de chromosomes.

Ces travaux pourraient un jour, peut-être, aboutir à de nouveaux médicaments contre le cancer, car les tumeurs ont justement presque toujours un nombre anormal de chromosomes.

"Mais honnêtement, pour moi la motivation principale n'est pas de développer de nouveaux traitements. Je serais aux anges si cela arrivait, mais en tant que chercheuse fondamentale, ce qui nous intéresse est d'apprendre de nouvelles choses et d'élargir les perspectives des gens", dit Angelika Amon, 51 ans, à l'AFP.

"Il n'y a rien de tel que de découvrir quelque chose", ajoute-t-elle. "Quand vous y avez goûté, cela devient une addiction"... "même si la plupart du temps, ça ne marche pas, on n'obtient pas les réponses qu'on voulait".

En physique, ce sont Charles Kane and Eugene Mele (UPenn) et Jocelyn Bell Burnell (Oxford, prix spécial), qui ont été récompensés. Et six prix de 100.000 dollars ont été attribués à 12 chercheurs pour des travaux prometteurs de début de carrière.

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