Les pays pro-chasse sabordent la création d'un sanctuaire de baleines

Les pays pro-chasse sabordent la création d'un sanctuaire de baleines
Photo archive prise le 15 mars 2018 montrant une baleine (Megaptera novaeangliae) dans l'océan Pacifique à Los CabosFERNANDO CASTILLO

Les pays chasseurs de baleines ont une nouvelle fois bloqué la création d'un sanctuaire dans l'Atlantique sud pour ces cétacés menacés d'extinction, renforçant les dissensions de la Commission baleinière internationale (CBI), réunie cette semaine au Brésil.

Cette proposition, sur la table depuis près de vingt ans, était présentée par le Brésil, l'Argentine, le Gabon, l'Afrique du Sud et l'Uruguay. Pour être adoptée, elle devait obtenir 75% des votes de cet organisme comptant 89 pays.

Le texte a reçu le soutien de 39 membres, alors que 25 autres ont voté contre, Japon, Russie, Islande et Norvège en tête, et plusieurs se sont abstenus.

La proposition, défendue par des pays dépendant du tourisme d'observation des baleines, visait à créer un sanctuaire de 20 millions de kilomètres carrés dans l'Atlantique sud, qui abrite une cinquantaine d'espèces de cétacés.

Deux sanctuaires existent actuellement, l'un dans l'océan Indien, l'autre dans l'océan Austral ou Antarctique où chasse le Japon.

Le ministre brésilien de l'Environnement Edson Duarte, dont le pays propose la création de ce sanctuaire à chaque réunion de la CBI depuis 2001, a fait part de sa déception mais s'est dit prêt à continuer à défendre ce projet.

"En tant que ministre de l'Environnement d'un pays dont les forêts renferment 20% de la biodiversité mondiale, nous nous sentons particulièrement responsables de la gestion de notre richesse, pour le bien de la planète, et cela vaut pour les cétacés aussi", a-t-il déclaré sous les applaudissements d'une partie des délégués.

Les ONG de défense de l'environnement ont également regretté ce vote.

Pour Grettel Delgadillo, de l'association américaine Humane Society International (HSI), il s'agit d'une "amère déception".

C'est "une preuve de la mauvaise foi du bloc japonais, qui se livre en permanence à des intrigues. Cela augure mal des votes décisifs qui doivent intervenir plus tard cette semaine", a-t-elle ajouté.

"Les pays de la région (hémisphère sud) veulent créer -et ont tous les droits de créer- un refuge pour les baleines constamment menacées (de mort) par la chasse commerciale, d'étranglement par les filets de pêche et de blessures par les collisions avec les bateaux", a ajouté Mme Delgadillo.

- "Blocage destructeur" -

La délégation japonaise milite pour un changement de la règle de vote au sein de la CBI, seul organe de gestion des grands cétacés. Le Japon, accusé de se livrer tous les ans à la chasse commerciale sous couvert de recherche scientifique, voudrait passer à un vote à la majorité simple, alors que les trois quarts sont nécessaires actuellement.

Cela faciliterait la tâche de ce pays qui entend mettre fin au moratoire sur la chasse aux cétacés dans un but commercial, datant de 1986.

Selon le Japon, les stocks de certaines espèces se sont suffisamment reconstitués pour qu'elles puissent être à nouveau chassées, et exclure toutes les baleines de la chasse ne se justifie pas d'un point de vue environnemental.

Un vote à la majorité simple aurait aussi permis la création du sanctuaire, comme la souligné un des représentants de la délégation nippone.

Six des 89 pays membres n'ont pas envoyé de délégation au Brésil et sept autres nations, africaines pour la plupart, qui n'ont pas payé leur cotisation, n'ont pas été autorisées à prendre part au vote.

Nicolas Entrup, de l'ONG OceanCare, basée à Zurich en Suisse, a rappelé l'existence d'un plan de protection des baleines dans l'Atlantique sud qui a été adopté en 2017 à l'unanimité par les participants à la conférence de la Convention de Bonn sur la conservation des espèces migratrices (CMS).

Dénonçant "le blocage destructeur de certains pays", il estiment que les membres de la CMS devrait aller de l'avant avec cette proposition alternative de sanctuaire sans attendre le feu vert de la CBI.

La Convention de Bonn sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, entrée en vigueur en 1983, énonce que les Etats doivent être les protecteurs des espèces migratrices qui vivent à l'intérieur ou qui traversent leurs juridictions nationales.

"Un sanctuaire dans la région aurait fourni une protection conséquente à toute une série d'espèces de dauphins et de baleines", a fait valoir Patrick Ramage, chargé des cétacés au Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw en anglais).

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