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Les Verts, l'autre parti qui monte en Allemagne

Les Verts, l'autre parti qui monte en Allemagne
Ludwig Hartmann et Katharina Schulze des Verts allemands lors d'une réunion électorale à Munich le 7 octobre 2018.Tobias Hase

Ils n'avaient jamais été aussi haut dans les sondages depuis 2011 et Fukushima: les Verts espèrent bien se muer en trouble-fêtes du paysage politique allemand, et ce dès dimanche lors d'une élection cruciale en Bavière.

Si les élections générales avaient lieu dimanche prochain, les "Grünen" doubleraient presque, avec un score proche de 18%, celui obtenu aux législatives de septembre 2017.

En Bavière, où se déroule en fin de semaine un scrutin qui pourrait sérieusement entamer l'hégémonie du parti très conservateur CSU, allié de la chancelière Angela Merkel, ils s'imposent dans les enquêtes comme la deuxième force régionale. Là aussi avec un score de 18%, doublant une AfD (extrême droite) pourtant en plein essor et les sociaux-démocrates du SPD en crise.

Signe de cette spectaculaire dynamique, c'est le candidat Vert en Bavière, Ludwig Hartmann, et non celui du SPD, qui a affronté en débat télévisé à une heure de grande écoute le chef de l'exécutif bavarois, Markus Söder.

- Compromis bancals -

Les Verts ont "tendance à faire mieux dans les sondages que dans les isoloirs ", tempère le politologue Oskar Niedermayer. Ils sont perçus comme un parti "sympathique, que les gens aiment dire qu'ils vont soutenir".

Ces bons sondages "nous motivent mais il faut désormais qu'ils se transforment en voix", abonde auprès de l'AFP M. Hartmann, convaincu que les thématiques vertes "intéressent" les électeurs.

Entre la sécheresse qui a frappé l'Allemagne cet été et les scandales liés au diesel, les vents sont porteurs pour les écologistes.

Mais ils profitent aussi des "faiblesses des autres partis", reconnaît Anton Hofreiter, co-chef du groupe parlementaire écologiste.

"En poursuivant sa coalition avec la CDU, le SPD a laissé le rôle d'opposant à l'AfD et aux partis comme les Verts", décrypte le politologue Nils Diederich, de l'Université libre de Berlin.

Les Grünen, membres du gouvernement du chancelier SPD Gerhard Schröder (1998-2005), étaient prêts fin 2017 à participer à une alliance gouvernementale inédite avec les conservateurs et les libéraux.

Mais des semaines de pourparlers aboutirent à un échec, et finalement les sociaux-démocrates signèrent un nouveau bail avec la CDU-CSU d'Angela Merkel.

Depuis, les disputes, crises et compromis bancals au sein du gouvernement se sont multipliés. Les partis au pouvoir sombrent dans les enquêtes d'opinion.

Les Verts, comme l'AfD, gagnent eux du terrain "sans trop d'efforts", remarque M. Diederich.

Les écologistes d'autant plus qu'ils se sont bâtis une bonne réputation dans les neuf Länder sur 16 où ils sont au gouvernement, alliés suivant les cas à la gauche, à la droite ou au deux.

En Bavière, région à majorité catholique, les Verts semblent parvenir à attirer une partie de l'électorat traditionnel de la CSU, en profond désaccord, au nom de la charité chrétienne, avec la ligne anti-migrants du parti et de son chef, le ministre allemande de l'Intérieur Horst Seehofer.

- Verts pâles -

Un peu partout, les Verts séduisent aussi de nouvelles catégories d'électeurs, qui ne se résument plus aux jeunes urbains diplômés.

Un quart de ses nouveaux sympathisants votaient jusqu'à présent CDU, selon l'institut Forsa, qui note un basculement vers le centre d'une formation longtemps étiquetée à gauche.

"Les électeurs libéraux conservateurs acceptent désormais les Verts comme alternative à la CDU ou à la CSU", relève le politologue Gero Neugebauer.

Les Verts actuels n'ont en effet plus grand chose à voir avec leurs ancêtres des années 70, ancrés dans une culture alternative proche de la gauche radicale. Beaucoup de militants se sont embourgeoisés.

Les deux chefs du parti, Annalena Baerbock et Robert Habeck, sont issus de la branche dite "réaliste" de la famille écologiste. Favorables à l'économie de marché, ces Verts pâles ne promettent pas le grand soir et revendiquent un pragmatisme qui laisse la porte ouverte à de nouvelles coalitions avec la droite.

L'AfD, qui a fait pour la première fois son entrée au Bundestag en 2017 et parie sur l'essoufflement des grands partis, voit désormais d'un oeil inquiet le décollage des Verts.

Les Grünen sont "poussés par les médias", dénonce Jörg Meuthen, un chef de l'AfD, appelant néanmoins les siens à "s'adresser" aux électeurs tentés par l'écologie.

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