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Mayotte: 40 professionnels de santé en renfort à l'hôpital en difficulté

Mayotte: 40 professionnels de santé en renfort à l'hôpital en difficulté
Une salle d'accouchement à l'hôpital de Mayotte le 14 mars 2018Ornella LAMBERTI
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Quarante professionnels de santé mobilisés dans le cadre de la réserve sanitaire sont arrivés à Mayotte pour 15 jours, selon le Journal officiel de jeudi, "pour faire face aux difficultés de fonctionnement" de l'hôpital après six semaines de paralysie de l'île, a précisé l'Agence régionale de Santé Océan Indien (ARS OI).

Quinze infirmiers, spécialisés en chirurgie et en puériculture, et des sages-femmes sont arrivés mardi dans le 101e département français, selon un communiqué de l'ARS OI.

"Le nombre de réservistes engagés et la durée de mission pourront être ajustés en fonction de l'évolution des besoins, dans la limite de 20 réservistes et de 15 jours supplémentaires", selon le Journal officiel.

Depuis début mars, Mayotte est paralysée par des barrages routiers, empêchant la circulation des véhicules voire des piétons, dans le cadre du mouvement de lutte contre l'insécurité ayant débuté le 20 février dernier.

Si consigne est donnée de laisser passer les véhicules sanitaires, de nombreux professionnels témoignent de l'inverse.

"On bloque parfois les infirmiers de peur que si on les laisse passer, on crée des mouvements de foule", a expliqué à l'AFP Eric Roussel, représentant local de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) Infirmiers OI, évoquant également des "agressions verbales" aux barrages ainsi "que des fouilles abusives de véhicules et de matériel médical".

Dans un communiqué diffusé lundi, l'URPS avait invité les professionnels de santé à signaler à leur ministère de tutelle via une plateforme dédiée "les évènements sanitaires indésirables".

Le Samu 976 a, lui, prévenu mercredi que "dans le cas où de telles pratiques mettant directement en danger la sécurité des soignants continueraient à être constatées, (il) se verra(it) dans l’obligation d’appliquer son droit de retrait et n’interviendra(it) plus dans les zones tenues par les barrages".

Le docteur Philippe Durasnel, vice-président de la commission médicale d'établissement (CME) du Centre hospitalier de Mayotte, a indiqué mardi à l'AFP qu'il manquait en moyenne à l'hôpital 30% de l'effectif médical total.

Selon lui, deux décès récents seraient liés à un retard de prise en charge dû à la présence de barricades sur les routes, dont un patient mort d'un AVC. Le médecin évoque également un bébé mort d'une bronchiolite car la mère, en situation irrégulière sur le territoire, n'aurait pas osé passer les barrages par peur des contrôles d’identité opérés aux barricades et d'éventuelles violences.

Il explique en outre qu'en pleine épidémie de bronchiolite, un service spécialement conçu pour accueillir les enfants est vide, alors qu'en cette période de l'année, il est généralement plein: "On pense qu'il y a d'autres enfants décédés, statistiquement, c'est inévitable. Mais comme les parents ne portent pas plainte et ne déclarent pas les décès, on ne le saura jamais", dit-il.

Le docteur François Chieze, directeur de la Veille et sécurité sanitaire de l'ARS, refuse, lui, d'établir "un lien de causalité entre une prise en charge retardée et un décès", tout en reconnaissant que certains couloirs sanitaires, tel celui du Nord, sont parfois totalement bloqués par des barrages infranchissables car constitués d'arbres coupés. Pour lui, le plus problématique reste la prise en charge des pathologies chroniques qui "nécessitent un passage (médical) régulier", comme la drépanocytose ou le diabète, dont la prévalence est forte sur le territoire.

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