Mayotte: après un accord entre la ministre et l'intersyndicale, levée des barrages en vue

Au bout de cinq heures de négociations à Dzaoudzi, le gouvernement a affirmé que les responsables du mouvement social qui secoue Mayotte depuis quatre semaines s'étaient "engagés" à débloquer dès mercredi les barrages qui paralysent l'île, une initiative qu'un porte-parole de l'intersyndicale s'est engagé à soumettre à la population.

"Nous allons rassembler demain (mercredi) la population place de la République" au chef-lieu Mamoudzou, "ils seront les seuls à décider: nous allons proposer cela et voir avec eux s'ils voient favorablement la levée des barrages", au moins pendant un mois, a déclaré ce porte-parole, Fatihou Ibrahime, saluant "des avancées réelles", avec notamment un "plan de lutte contre l'insécurité".

"Je souhaite le retour au calme dans le territoire le plus vite possible puisque nous avons devant nous un court mois de travail", a dit de son côté Mme Girardin, sortie en pleine nuit de ces pourparlers avant de regagner Paris, où elle devrait participer mercredi matin au Conseil des ministres.

Pour le ministère, un "accord de principe entre l'Etat, les élus, les syndicats et les collectifs" a été conclu, et "les collectifs et l'intersyndicale se sont engagés à débloquer les barrages de l'île" mercredi matin.

"Annick Girardin s'est engagée avec l'ensemble des parties prenantes sur un calendrier et des réponses en termes de sécurité, de méthode et de présence de l'Etat sur le territoire dans un délai d'un mois", a indiqué le ministère en évoquant notamment des mesures contre la délinquance et l'immigration illégale.

Une mission installée par la ministre, composée de Jean-Jacques Brot, ancien préfet de Mayotte, du général Lucas Lambert, directeur de la gendarmerie de l'Outre-mer et de Jean Courtial, conseiller d'État, doit dans les semaines qui viennent faire des propositions afin qu'"on puisse avoir rapidement à Paris un travail collectif avec les élus mahorais, avec les acteurs du monde économique et social mahorais, pour faire en sorte de trouver des solutions durables", a déclaré de son côté le Premier ministre Edouard Philippe lors de son direct hebdomadaire sur Facebook.

Selon Matignon, cette réunion visera à "étudier les conclusions" de la mission et à "trancher".

- "Restaurer la confiance" -

"Nous espérons que l'Etat n'est pas en train de nous mener en bateau", a commenté M. Ibrahime, "c'est un travail qui est fait sur la base de la confiance, nous allons juger pendant un mois", a-t-il dit.

Avant ces négociations, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à Mamoudzou contre l'insécurité et l'immigration clandestine en provenance des Comores, à 70 km de là, mais aussi pour réclamer davantage d'actions de l'Etat.

"On est là pour crier notre colère. A partir d'aujourd'hui, nous allons défier le gouvernement", avait lancé en début de manifestation un porte-parole du collectif.

"Je suis là pour la sécurité principalement et pour tous les problèmes sociaux", avait expliqué à l'AFP Lisa, enseignante de 26 ans, énumérant le manque d'écoles et de lits à l'hôpital. "Que les clandestins retournent à Anjouan ou en métropole !", hurlait une autre manifestante, qui a refusé de donner son nom.

Dans le même temps, quelques centaines de manifestants avaient investi le conseil départemental pour dénoncer la "trahison" des élus ayant accepté la veille de discuter avec la ministre. Le porte-parole du collectif des citoyens a qualifié l'événement d'"absolument regrettable".

La ministre avait annoncé une série de mesures dès son arrivée lundi, et ouvert le chantier, qui fait débat, d'un possible statut d'extraterritorialité pour l'hôpital, dont la maternité est la première de France avec quelque 10 000 naissances chaque année.

L'objectif est d'enrayer la multiplication de naissances d'enfants de mères venues des Comores voisines et en situation irrégulière, ce qui est perçu comme un abus du droit du sol.

Avec ce statut, la maternité serait "en quelque sorte une maternité internationale", a expliqué le député LREM Aurélien Taché dans La Croix: "au lieu d'obtenir automatiquement la nationalité française", les enfants de femmes comoriennes qui y naîtraient "pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l’état civil".

Mayotte est secouée depuis mardi 20 février par un mouvement de contestation populaire prenant de multiples formes : manifestations dans les rues du chef-lieu, opération escargot, opération "île morte", blocage de la liaison maritime entre Grande-Terre et Petite-Terre, et barrages routiers.

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