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Retraités et personnels des Ehpad dans la rue jeudi

Retraités et personnels des Ehpad dans la rue jeudi
Des employées des Ehpad manifestent mardi 30 janvier 2018 à MarseilleANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Les seniors et ceux qui s'en occupent ne décolèrent pas. Les retraités battront le pavé jeudi pour défendre leur pouvoir d'achat et les personnels des maisons de retraite sont à nouveau appelés à la grève pour réclamer plus de moyens humains.

"Non à la baisse des pensions", "ni privilégiés ni assistés": derrière ces mots d'ordre, neuf syndicats (UCR-CGT, UCR-FO, UNAR-CFTC, UNIR CFE-CGC, FSU-Retraités, Solidaires, FGR, LSR et UNRPA) ont invité les retraités à se rassembler partout en France.

Annuel, le rendez-vous devrait prendre un relief particulier cette année, une majorité de seniors étant touchée depuis janvier par la hausse de 1,7% de la CSG.

"Il y aura du monde", assure Michel Salingue (FGR-FP). "Beaucoup plus qu'en septembre", quand des milliers de personnes avaient manifesté contre cette mesure destinée à compenser la suppression des cotisations chômage et maladie du privé.

"Avec 2.000 euros de pension, je perds 34-35 euros par mois, soit plus de 400 euros par an", explique M. Salingue, ancien instituteur.

Les retraités vivant seuls avec moins de 1.200 euros par mois (1.841 euros pour un couple) ne sont pas concernés, insiste le gouvernement.

Mais "la réalité est un peu plus subtile", soulignait récemment à l'AFP Didier Hotte (UCR-FO), tous les revenus du foyer, comme la location d'"une chambre à un étudiant", étant pris en compte.

Emmanuel Macron "assume" de demander "un effort aux plus âgés" qui profiteront pour certains de la suppression progressive de la taxe d'habitation.

Mais les motifs de mécontentement se sont accumulés ces dernières années (gel des pensions, suppression de la demi-part des veuves, etc.). Revalorisées de 0,8% en octobre, les retraites ne le seront plus avant janvier 2019 au profit d'une augmentation du minimum vieillesse.

"Nous avons l'impression d'être la cinquième roue de la charrette", déplore M. Salingue, rappelant que la pension moyenne s'élève à "1.300 euros".

A Paris, un cortège partira à 14H00 de Montparnasse en direction des Invalides.

- "Premier pas" -

Une "délégation" rejoindra ensuite les personnels chargés de l'aide aux personnes âgées, qui se rassembleront devant le ministère de la santé en début d'après-midi, à l'appel de 10 syndicats (FSU, Fédération autonome Fonction publique, CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, Solidaires, Union fédérale action sociale et Unsa) et de l'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

Sur le pouvoir d'achat des retraités s'est greffée la problématique du grand âge: salariés des établissements d'hébergement pour personnes âgées (Ehpad) et de l'aide à domicile, mais aussi des hôpitaux gériatriques, des unités de soins longue durée et des maisons de retraite non médicalisées sont appelés à des rassemblements et des débrayages pour dénoncer le manque d'effectifs, source de "maltraitance institutionnelle".

Un appel relayé par la CNI (coordination nationale infirmière).

L'intersyndicale entend poursuivre la mobilisation inédite entamée avec succès le 30 janvier contre les toilettes et les repas expédiés, la perte de sens de personnels "épuisés" et trop débordés pour s'occuper dignement des aînés, selon Mireille Stivala (CGT).

Parmi ses revendications : "un financement pérenne et solidaire de l'aide à l'autonomie", de meilleurs salaires ou encore un ratio d'un personnel pour un résident contre 0,6 en moyenne actuellement.

"La France n'a pas les moyens budgétaires de garantir" ce taux, a rétorqué mardi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, aux Assises nationales des Ehpad à Paris.

Elle a toutefois annoncé qu'elle recevrait l'intersyndicale, à une date non précisée.

Autre pierre d'achoppement, la réforme du financement des Ehpad, synonyme, de l'aveu de la ministre, de pertes de recettes pour "20 à 25% d'établissements".

"On veut que M. Macron se saisisse du dossier (du vieillissement) comme l'ont fait ses prédécesseurs" résume à l'AFP Pascal Champvert, le président de l'AD-PA.

Il salue toutefois le "premier pas" de la ministre, qui veut "neutraliser les effets négatifs" de la réforme grâce aux pistes que doit lui remettre un médiateur "fin mars".

De possibles "ajustements de la réforme elle-même" sont par ailleurs à l'étude, selon Mme Buzyn.

En janvier, la ministre avait déjà annoncé 50 millions d'euros supplémentaires pour les établissements en difficulté. Sa "stratégie globale" de prise en charge du vieillissement doit être présentée fin mars.

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